«J’ai choisi la plume; l’écriture est ma vie», déclare Ibrahima Diakhaté Makama, plus connu sous le sobriquet de Pape Diakhaté. L’écrivain vient de publier son premier recueil de contes intitulé « Wulakaama », à la maison d’édition ELMA d’El Hadji Omar Massaly. Dans cette interview exclusive avec Demactu, cet enseignant en philosophie, le cœur battant de joie, évoque sa passion pour l’écriture, livre les secrets de « Wulakaama » et affiche ses ambitions avec d’autres projets de livres.
Entretien.
Vous venez de publier, à la maison d’édition ELMA, un recueil de contes intitulé Wulakaama. À quoi renvoie exactement cette terminologie « Wulakaama » ?
« Wulakaamaa » est, dans l’imaginaire collectif mandingue, la forêt lointaine casamançaise. Cet éloignement forge son identité remarquable construite autour d’images et de symboles qui renvoient à la terreur : jungle, anthropophagie, étrangeté, animaux mythiques et mystiques, êtres maléfiques, lutins, succubes, diableries de toute sorte… Pour ma part, c’est plutôt le théâtre d’une imagination fantasmagorique à la fois fertile et galopante qui fait sauter le verrou des cloisonnements des espèces et des espaces ! En d’autres termes, le quadriumvirat des étants -dieux, homme, animal et végétal- se parlent, se fréquentent et, surtout, se heurtent de front, s’entretuent, sans autre forme de procès ! Également, les disjonctions terre-ciel-eau-feu volent en éclats pour transmuter en espace homogène dans lequel des imbroglios, des actes paranormaux et des fréquentions inédites peuvent renvoyer à un passé lointain, indéfini et fantastique. À partir de ce moment, le lecteur baigne, et allègrement, dans le « Wulakaamaa » qui peut être perçu comme la version casamançaise de ce que la pensée wolof désigne par le vocable « Ndoumbélane ». Autrement dit, Wulakaamaa est un « no mans land » (NDLR : expression anglaise signifiant « terre sans homme ») – où tous les coups et forfaits sont permis. Tout compte fait, en sus, la forêt dense et lointaine de la Casamance, il se présente, en ce qui le concerne, telle une zone de non-droit où la seule loi, c’est qu’il n’y a pas de loi ! Ou, si vous voulez, les seules lois en règle sont la force, la ruse et la conspiration …disons, de tout ce qui relève du machiavélisme pur !
Pouvez-vous nous faire un résumé de cette publication le « Wulakaamaa » ?
(Son visage s’éclaire de joie) Wulakaamaa s’inscrit dans le genre littéraire appelé « conte ». Ce recueil de contes est le premier d’une série de publications au nombre de cinq qui se suivront ; celui publié aux Éditions ELMA sous le sous-titre « Le vivre-ensemble » comprend trois contes. D’abord, « La diplomatie préventive de Wuloo le Chien », ensuite, « Faaraa et Jamba Kataŋ » et, enfin, « L’odyssée de Furoo le Tilapia ». C’est la problématique du vivre ensemble qui est mise en évidence dans ce livre 1. On verra que « Wulakaamaa » est donc un ensemble de récits fantastiques qui se singularisent par leur tréfond culturel mandingue. Leur dénominateur commun est surtout l’usage d’éléments de langage du mandika riche en proverbes, en sentences et dictons construits le plus souvent en périphrases. Mes récits ne sortent pas ex-nihilo de mon imagination ; ils partent du legs culturel mandingue d’une richesse incommensurable. J’explique pourquoi « furoo » le tilapia a un aspect compact, pourquoi faudrait-il être solidaire dans la société, pour quelle raison faudrait-il éteindre une étincelle avant qu’elle ne devienne feu de brousse.
Vous voulez dire que ces contes consignés dans Wulakaamaa ont une certaine originalité ?
(Voix enjouée) Oui ! Mes contes ont une certaine ligne de démarcation entre ceux connus jusque-là ! C’est peut-être par déformation de formation : un philosophe est surtout anticonformiste ! Dès lors, l’auteur, que suis-je, pourrait créer, de manière subtile, un certain désordre dans l’ordre du conte. À partir de ce moment, les conséquences seront énormes : j’ai utilisé un génie scripturaire en vue de changer de paradigme dans la manière de présenter mes contes : je prends pivot à partir d’un proverbe, d’une diction ou d’une sentence populaire mandingue pour, ensuite, décliner une histoire et, enfin, déboucher, avec subtilité, sur une leçon de morale qui trouve toujours sa validation sociale dans la culture mandingue. La démarche inaugurale est originale en ce sens où j’opère une sorte de renversement dans le procédé généralement établi ! À se pencher de plus près dans ce recueil de contes, ce qu’on pourrait constater, c’est que les lignes de ce volume bouleversent toute la conception qu’on se faisait – jusque-là – du récit de type merveilleux. Si, d’ordinaire, le discours fabuleux se termine par une leçon de morale ou une sagesse populaire, a contrario, avec Wulakaamaa, le conteur prend pivot à partir d’un postulat proverbial mandingue et fonde en raison sa pertinence, en vue d’une validation sociale qui prend allègrement pivot à partir d’histoire fantastique ! Dès lors, ce qui sera remarquable, c’est que ce renversement sans précédent dans la structuration du conte ouvre un vaste boulevard pour ce genre. Sous ce rapport, ce modus operandi inaugure ainsi un vaste champ d’exploration en littérature.

Justement, à propos de genre littéraire, vous aviez écrit sous d’autres formats, tels le roman, la poésie, l’essai et cette fois-ci le conte. Pourquoi avez-vous choisi d’explorer ce genre littéraire ?
La liberté qu’offre le conte n’existe pas dans les autres genres disons plus complexes. Je ne suis pas en train de dire que le conte est plus facile ; je veux seulement mettre en relief qu’il offre plus de possibilités en termes de fiction, de création. Les expressions usitées renvoient directement à un passé lointain et indéfini. Ce qui fait qu’elles permettent d’entrer dans un univers dont la particularité est le règne du merveilleux. Ce merveilleux permet, au-delà même du cadre spatiotemporel (NDLR : Qui se rapporte à la fois à l’espace et au temps) indéfini et illimité, de s’offrir un monde de toutes les possibilités. À partir de ce moment, tout peut arriver et le factuel devient inépuisable. Il permet de rêver dans la mesure où il instaure le vraisemblable, le surnaturel et/ou le merveilleux. En ouvrant donc la porte au merveilleux, au fantastique, au surnaturel, le conte conduit ainsi à toutes les possibilités. C’est connu : le conte permet d’instaurer un nivellement du carré d’as des relations êtres surnaturels-humains-animaux-végétaux. C’est donc le moment intense d’une uniformisation dynamique d’espèces. Si, d’ordinaire, les rapports sont normalement verticaux entre ces espèces, avec le conte, les relations deviennent de type horizontal. C’est pour cette raison que dieux, djins, génies ou esprits, deviennent voisins des hommes et le règne animal commerce avec celui végétal. En faisant tomber les barrières d’espèces, ces êtres deviennent ainsi des vases communicants. À partir de ce moment, le carré d’êtres surnaturels, humains, bêtes et végétaux peuvent désormais entretenir des relations aux aspects multiformes. Et, puisque le nivellement d’espèces est instauré par la magie du conte, ils peuvent, désormais, communiquer. L’effet de vases communicants permet de prêter aux animaux des traits de caractère des humains, la particularité d’un animal à une créature surnaturelle, ou la force d’un être surnaturel à un humain. Dès lors, le conte est un genre qui permet de dire les choses sans en avoir l’air, de parler de quelqu’un sans le nommer, de critiquer quelqu’un sans l’accuser. Aussi, le conte est-il un genre à partir duquel le conteur peut prendre ses aises entre les espaces et organiser sans coup férir des séances de rencontres entre les espèces par le règne du merveilleux. Toutes ces raisons font que le conte est une sorte de magie littéraire qui permet de naviguer entre les espaces et les espèces sans contraintes majeures. J’ai donc voulu explorer ce genre pour plus de liberté dans la fiction, aussi et surtout, prouver la richesse et la beauté de la culture mandingue. C’est un genre littéraire à forte intensité relationnelle !
Quel est l’ordonnancement de cette publication ?
Wulakaamaa est la 5ème publication. Avant l’avènement de ce recueil de contes, j’avais signé ou co-signé, dans l’ordre : Le Bois Sacré, publié à Lyon, en France par la maison d’édition Baudelaire en 2020 ; coauteur, avec le docteur en physique Mamadou Cissé, de L’Europe ou la mort, publié à Paris, par la maison d’édition Le Lys Bleu en 2022. Je suis également coauteur d’un essai philosophique, avec le philosophe Ibou Dramé Sylla, Autour de la mort, à Dakar, chez ELMA éditions en 2023. Et j’ai eu à signer un recueil de poèmes intitulé Méditations aux bords du fleuve Casamance, à Dakar, toujours chez ELMA éditions.
Selon certaines indiscrétions, vous avez d’autres manuscrits en instance de publication. Pourriez-vous nous en dire un plus ?
(Rires) J’ai choisi la plume ; l’écriture est ma vie, donc… À vrai dire, j’ai d’autres projets de publication : un autre recueil de contes « Wulakaamaa » livre 2, un florilège de nouvelles « Nuits en Enfer » au courant de 2024 et un roman intitulé « Le Prince griot », un autre recueil « Trame et drame à Siitabaa », à paraître en 2025.
Propos recueillis par Abdoulaye DEMBÉLÉ




























































Pape MAKAMA, l’homme de la plume qui fait de la plume sa vie,
Continue de nous abreuver de ton encre d’or qui nous fait frémir le jour la nuit et partout. Même les non amoureux du livre finiront par aimer la lecture grâce a toi MAKAMA,
Toutes mes félicitations pour ces cadeaux « gratuits » que tu nous fais
cher frère merci toi aussi. Pape Diakhaté est très utile pour la communauté mandingue.