C’est à 26 ans que Bombardier était devenu Roi des arènes. Il avait détrôné Tyson le 25 décembre 2002. L’enfant de Mbour perd par la suite son titre face à Yékini. Mais derrière Serigne Dia dit Bombardier (ou encore le B52 de Mbour), il y a toute une histoire qu’il a écrite mais que personne n’a jamais pu écrire. En revisitant cette belle page du seul lutteur de la famille Dia de Mbour, Demactu fait découvrir un champion qui garde le secret d’un éternel combattant courageux.
Bombardier est issu d’une famille de neuf (9) enfants.
«Bombardier était un brillant élève»
Côté éducation, il a fréquenté l’école Château d’eau de Mbour où son grand frère Lémou Dia l’a devancé. Moussa Fall, ancien directeur de l’école Château d’eau sud de Mbour de 1981 à 2002, sait un peu du jeune écolier. «Bombardier fut un élève studieux qui n’était pas du tout récalcitrant, qui n’était pas du tout remuant jusqu’à la classe de CE2. Dans tout son parcours scolaire, il était parmi les premiers. Il a fait d’excellents résultats. C’est à partir du CE2 qu’il a cessé les études. Mais ce n’est pas lui qui a cessé, c’est plutôt sa maman qui l’a sorti de l’école. Je ne sais pas pourquoi. Mais quand il sortait, il était parmi les meilleurs de l’établissement. Il était vraiment studieux et occupait de bons rangs», témoigne-t-il. «Bombardier était un bon élève. Ce n’est pas la maman qui l’a sorti de l’école. C’est lui en personne qui avait décidé d’arrêter les études. On avait tout fait pour qu’il puisse continuer. Il s’était arrêté en classe de CE2 à Mbour. Par la suite, on l’a amené dans une localité du nom de Mbouroukh où il a fait deux ans encore. Il y a fait le CEM1 et le CEM2. Il était parmi les meilleurs de l’établissement», ajoutait Pape Dia, l’aîné de la famille Dia. C’est Moussé Kassé Diagne qui l’a enseigné à l’école primaire. Ce maître se plaisait d’avoir un enfant aussi dégourdi et intelligent que ce jeune Bombardier.
Côté social, le jeune Bombardier a un amour extraordinaire pour ses parents. Il se sacrifie beaucoup pour eux. Il les a amenés au pèlerinage à la Mecque. «Il a acheté une maison et entretient son père et sa maman. La façon dont il se comportait avec son grand-frère (Pape Dia), le prouvait également. Dans tout ce qu’il entreprend, il est entouré par sa famille. C’est quelqu’un qui a une culture familiale extraordinaire», le juge-t-on dans son quartier à Mbour.
«Il était un footballeur polyvalent»
L’existence de Bombardier s’est aussi réfugiée dans le football. C’est d’ailleurs le premier sport qu’il a pratiqué avant la lutte qui finit par être son choix de vie. Baba Diakhaté fut son entraîneur dans l’ASC Relais de Mbour où il a évolué pendant des années. Le jeune Bombardier avait en ce temps-là entre 15 et 18 ans. Était-il bon au foot ? «Bombardier était mon poulain de 1988 jusqu’en 1992. Il était dans l’équipe cadette. Il était un bon footballeur, un polyvalent. Bombardier était un attaquant qui savait marquer des buts. Ses pieds étaient très lourds. Il avait une force de pénétration, une bonne frappe et il était intelligent dans le foot. Parmi ses coéquipiers, il y a Pape Mamadou Sougou qui s’était rendu au Portugal. Ce dernier a été sélectionné dans l’équipe nationale A du Sénégal», témoigne M. Diakhaté. Ce jeune Bombardier, adolescent d’alors, a donc un destin aiguillé vers l’arène, mais il pouvait bien réussir dans le football.
Pêcheur à l’âge de 10 ans

À Mbour Téfèss, quartier habité en majorité par des Lébous, c’est donc normal de voir des enfants de cette ethnie fréquenter la mer. Mais pour un Haal Pulaar bon teint comme Bombardier, cela fait bizarre de vivre parmi ces jeunes pêcheurs et de pratiquer le métier comme eux. Pourtant, l’histoire de Bombardier commence par ce métier si sacré aux Lébous. Mbaye Mboye, c’est l’ami intime de Bombardier. Ils se sont connus depuis qu’ils sont tout-petits et ont tout fait ensemble, même si Mbaye Boye est plus âgé que le lutteur. «Il avait en ce moment-là entre 9 et 10 ans, confesse-t-il. Et il était le plus jeune pêcheur du groupe». «Chez les Lébous, quand un enfant devient turbulent, on l’amène dans la pêche pour pouvoir le canaliser et le castrer dans la pêche. C’était le cas pour Bombardier qui était à l’école française, mais il était très remuant. C’est ainsi qu’on l’avait sorti de l’école pour qu’il puisse pratiquer la pêche. Il respectait ce métier et assumait ses responsabilités familiales. Car il entretenait déjà sa famille alors qu’il était tout petit», explique Mbaye Mboye trouvé à Mbour Téfèss.
«C’est grâce à Jules Baldé que Bombardier est venu à Dakar»
Dans le cadre de la lutte, l’histoire secrète de Bombardier prend date à Nguékhokh. Un jour, Bombardier se rend dans cette localité. Il y trouve un étranger venu de Dakar, mais fils d’un ancien champion du Fouladou Pakao, Falaye Baldé. Jules Baldé, puisque c’est de lui qu’il s’agit se rend à un mbappat au niveau du Campement Nguékhokh. En combat face au fils de Falaye qu’il ne connaissait pas auparavant, B52 l’attaque et se saisit de sa jambe. Mais c’était sans compter avec ce dernier qui enclenche un mboot très extraordinaire qui l’envoie au sol. «Désagréablement très surpris, Bombardier cherche à connaitre ce jeune athlète venu d’ailleurs. C’est en ce moment-là qu’il se tourne vers moi pour me dire : mais qui est ce gars-là ? Je ne connaissais pas Jules Baldé et je le lui ai fait savoir. Cette première défaite l’a beaucoup touché», confie Mbaye Boye. Ce dernier mène une petite investigation et finit par décliner l’identité de ce jeune champion qui se nomme Jules Baldé, fils de l’ancien lutteur Falaye Baldé. Depuis ce jour-là, Bombardier ne dort plus. Ce revers plombe ses ailes et lui apparaît comme une pilule difficile à avaler. Donc depuis ce jour, le champion de Mbour décide de faire la fête à son bourreau. Il sillonne ainsi les mbapatt à la recherche du frangin d’Ama Baldé.
Un autre jour, Jules Baldé se signale dans un mbapatt à Bargny. Bombardier et son ami qui s’informent du tournoi s’y rendent. Malheureusement pour eux, Jules Baldé refuse encore de participer au tournoi. Quelques jours après, un autre mbapatt est organisé à Lansar. Il est doté du drapeau du promoteur Gaston Mbengue. Jules Baldé se désiste encore en apercevant le jeune Bombardier qui est toujours en train de le chercher comme un oiseau rare. Le lutteur de Mbour survole malgré tout le tournoi et remporte le drapeau du promoteur Gaston Mbengue. C’est un heureux départ pour lui mais aussi une belle opportunité de se faire braquer toutes les lumières de l’arène. Car Gaston qui organise le lendemain un grand combat à Dakar, invite le colosse de Mbour à honorer de sa présence.
«Lorsqu’il vient au stade pour répondre à l’invitation du Don King de la lutte, Bombardier se déshabille et défie tout le monde. Comme ils ont l’habitude à Mbour. C’est une manière de dire qu’il est prêt à en découdre gratuitement avec n’importe quel adversaire mais aussi une façon de montrer qu’il sait lutter. C’est là que le reporter feu Moustapha Ndiaye, intervient pour lui faire savoir qu’on ne lutte pas gratuitement à Dakar. Il finit par lui conseiller à chercher une licence qui lui permettra de lutter et de gagner de l’argent», raconte Mbaye Boye qui connait beaucoup de son ami-champion.
Avec Bombardier, les histoires se racontent comme un essaim de fourmilles. Quand il partait au fleuve, c’est son frère Pape Dia qui se réveillait à 3 heures du matin pour l’amener jusqu’à chez son oncle qui habite au quartier Téfèss de Mbour. C’est avec ce dernier qu’il se rendait au boulot. Mais il arrive souvent que le jeune Bombardier traine les pieds derrière. Son frangin s’en rend compte que trop tard. «C’est une fois à la maison de mon oncle, au moment où je m’apprête à lui dire que Serigne est là que je me rendais compte qu’il n’était pas avec moi. Cela m’écœurait tellement que je le frappais souvent», disait Pape Dia.
Autre histoire, révélait son manager: «Un jour, il avait fauté et je l’ai introduit dans une chambre pour le corriger. Je sentais que la frappe était très dure, mais il ne pleurait pas. Cela me faisait tellement mal. Parce que quand tu frappes un enfant, c’est quand il pleure que tu te soulages. Je l’ai frappé jusqu’à ce que je sois fatigué pour le laisser partir sans qu’il ne verse aucune larme».
Est-il parfait ce Bombardier ? «Son défaut, c’est qu’il est têtu. On peut le conseiller jusqu’à ce qu’il accepte de respecter les conseils qu’on lui a prodigués, mais il se dérobe le jour-J à cause de sa fougue», rigolait Pape Dia, qui relevait tout de même que le B52 de Mbour n’est pas rancunier. «Il n’est pas rancunier et il ne s’énerve pas vite. Son seul bémol, c’est qu’il ne peut pas pardonner son prochain. Si tu le frappes, il cherche coûte que coûte à se venger. Pour lui, s’il ne riposte pas, c’est un signe de faiblesse». Ce «péché» a suivi le fils de Mbour dans l’arène jusqu’à sa retraite cette année.
Le chapelet de vertus qu’on lui dresse ne le couvre pas d’un nguimb en or. «Mais pour moi, c’est son défaut qui l’a propulsé au sommet. Parfois un défaut peut être un avantage. Chaque fois qu’un athlète doit le croiser, ses parents ne dorment plus», juge-t-il.
Amoureux de son sport et soutenu par toute sa famille, Bombardier est aujourd’hui fier de son parcours. La lutte est donc son choix de vie. Malgré les difficultés de ce sport de chez nous. B52 de Mbour, qui a décidé d’abandonner la pêche et de s’aiguillonner vers la lutte, a trouvé en ce métier une autre destinée. Il a gagné des titres et des trophées dans son sport de cœur ! Retraite paisible Bombardier !
Par Abdoulaye DEMBÉLÉ
























































