Dans notre société, les fêtes religieuses, censées être des moments de spiritualité, de gratitude et de partage, sont trop souvent devenues des vitrines de prestige et de gaspillage.
Au lieu d’en faire des occasions de se rapprocher d’Allah ﷻ, beaucoup tombent dans le piège des dépenses extravagantes, au nom de la « fête », oubliant que l’islam prône la modération et la sincérité dans les actes.
1. Le sacrifice : de l’adoration à la compétition sociale
L’un des actes les plus marquants de la Tabaski est le sacrifice rituel (al-udhiyah). Cependant, au lieu d’acheter un mouton dans les limites de leurs moyens, certains pères de famille s’endettent pour se procurer une chèvre, une vache, voire un chameau, juste pour impressionner la belle-famille ou les voisins.
Conseil islamique : Allah n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité. Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui fait le sacrifice avec sincérité, espérant la récompense d’Allah, aura pour chaque poil de l’animal une bonne action. » (Tirmidhi)
Il n’a jamais dit que celui qui sacrifie un plus gros animal a une meilleure récompense.
Exemple : Un homme achète un bœuf à crédit pour faire plaisir à sa femme. Après la fête, il est poursuivi par le vendeur, perd son emploi et sa famille en souffre pendant des mois.
2. Les vêtements neufs : du besoin à la vanité
Habiller sa famille est une sunna recommandée le jour de l’Aïd. Mais cela devient problématique quand on commande des habits de luxe à des tailleurs qu’on ne peut même pas payer. Certains vont jusqu’à commander plusieurs tenues, espérant en faire une parade publique.
Conseil islamique : Le Prophète ﷺ portait ses plus beaux habits lors des fêtes, mais ils restaient simples. Il a dit : « La simplicité fait partie de la foi. » (Abû Dâwûd).
Il n’a jamais encouragé la démonstration ou la course aux tendances vestimentaires.
Exemple : Une femme exige trois tenues différentes pour la Tabaski, pour elle et ses enfants. Résultat : le tailleur ne livre qu’une seule tenue, les disputes éclatent, et l’ambiance de la fête est détruite.
3. Les dettes post-fête : un mal silencieux
Beaucoup de chefs de famille empruntent pour vivre une fête luxueuse. Après la Korité ou la Tabaski, ils croulent sous les dettes, devenant la risée de leurs créanciers, voire perdant leur dignité.
Conseil islamique : Le Prophète ﷺ craignait tant les dettes qu’il refusait parfois de prier sur la dépouille d’un endetté non solvable.
« L’âme du croyant reste suspendue par sa dette jusqu’à ce qu’elle soit acquittée. » (Tirmidhi)
Ne pas contracter de dettes sans nécessité est un devoir moral.
Exemple : Un enseignant emprunte 150 000 FCFA pour la fête, espérant rembourser avec son salaire. À la rentrée, il se rend compte que les inscriptions scolaires l’attendent. Résultat : surendettement.
4. Les attentes irréalistes des enfants
Les enfants, exposés à la comparaison avec leurs amis, développent des attentes irréalistes. Un enfant qui n’a pas eu son « mouton à lui » peut pleurer toute la journée. Et c’est souvent le père qu’on accuse d’être « injuste ».
Conseil islamique : Les enfants doivent être éduqués à la gratitude, pas au caprice. L’Aïd est une occasion d’enseigner les valeurs de partage, non de consommation.
Exemple : Un enfant, frustré de ne pas avoir une belle tenue comme ses camarades, s’enferme dans la chambre. La fête devient une journée de reproches, alors que c’est censé être un moment de joie collective.
5. Les artisans sous pression : tailleurs, menuisiers et ouvriers
La veille des fêtes, les artisans vivent un calvaire : promesses non tenues, retards, manque de sommeil. Certains sont même agressés ou humiliés par des clients impatients.
Conseil islamique : Le Prophète ﷺ interdisait l’injustice et la pression abusive. Il faut respecter le travail des autres et faire preuve de patience.
Exemple : Un menuisier, contraint de finir 5 lits en 2 jours, tombe malade, car il n’a pas dormi. Le client, au lieu de le remercier, le menace. Où est la baraka dans tout cela ?
6. Les repas démesurés et le gaspillage alimentaire
Durant les fêtes, certaines familles dépensent des fortunes pour organiser de grands festins, allant jusqu’à cuisiner cinq à six plats différents, des boissons importées, des desserts onéreux… souvent pour quelques invités. Une grande partie finit à la poubelle.
Conseil islamique : Allah ﷻ dit : « Ne gaspillez point, car Il n’aime pas les gaspilleurs. » (Sourate Al-An’am, v.141)
Et le Prophète ﷺ a recommandé de manger avec modération même les jours de fête, rappelant que le gaspillage est le frère du diable (Sourate Al-Isra, v.27).
Exemple : Une femme prépare des plats variés, mais faute d’invités, elle jette les restes. Quelques jours plus tard, elle n’a même plus de quoi nourrir ses enfants convenablement. Le gaspillage n’a ni récompense ni sagesse.
7. L’achat excessif de cadeaux pour « suivre la mode »
Pour ressembler aux familles influentes ou suivre les tendances sur les réseaux sociaux, certains achètent des cadeaux coûteux pour les enfants (téléphones, tablettes, chaussures de marque, etc.), même si l’enfant n’en a pas réellement besoin.
Conseil islamique : Le Prophète ﷺ a dit : « La richesse ne réside pas dans l’abondance de biens, mais dans la richesse de l’âme. » (Bukhari et Muslim)
Il vaut mieux offrir un petit cadeau utile qu’un objet de luxe sans valeur spirituelle.
Exemple : Un père offre un téléphone dernier cri à son fils pour l’Aïd. Ce dernier devient accro aux réseaux sociaux et abandonne ses études. La faute n’est pas à l’enfant, mais à l’irresponsabilité parentale.
8. Pression des femmes sur leurs maris à cause de la comparaison sociale
Dans certains foyers, les femmes mettent une pression énorme sur leur mari pour obtenir « leur fête », parfois en se comparant à leurs coépouses, voisines ou amies. Cela pousse certains hommes à voler, à tricher ou à mentir pour satisfaire leurs épouses.
Conseil islamique : Le Prophète ﷺ a dit : « Regardez ceux qui ont moins que vous, et non ceux qui sont au-dessus de vous. Cela vous évitera de mépriser les bienfaits d’Allah. » (Muslim)
Exemple : Une femme méprise son mari parce qu’il n’a pas pu lui offrir un bijou comme la femme de son frère. La fête vire à la dispute. Elle oublie que la reconnaissance est une forme d’adoration.
9. Maquillage et soins esthétiques ruineux pour le jour de la fête
Des femmes dépensent des sommes importantes pour se faire tresser, maquiller, manucurer, parfumer, etc., parfois même en empruntant de l’argent. Certaines vont jusqu’à faire appel à des soins inadaptés, nuisibles à leur santé, uniquement pour « briller ».
Conseil islamique : Il est permis à la femme de se faire belle dans le licite, mais cela ne doit pas la conduire à l’exagération, l’imitation des non-musulmanes ou l’endettement pour la beauté.
Exemple : Une femme paie 50 000 FCFA pour un maquillage de quelques heures, alors que ses enfants n’ont même pas de chaussures décentes pour aller à la mosquée. Où est la priorité ?
10. La recherche de validation par les réseaux sociaux
De nombreuses familles vivent désormais les fêtes à travers le regard des autres, publiant tenues, repas, animaux, et cadeaux sur Facebook, TikTok ou Instagram. Cela pousse à des dépenses insensées, juste pour obtenir des « likes », sans baraka.
Conseil islamique : Le Prophète ﷺ a mis en garde contre l’ostentation (riyâ’).
« Ce que je crains le plus pour ma communauté, c’est le polythéisme mineur : l’ostentation. » (Ahmad)
L’intention doit être pour Allah, non pour plaire aux internautes.
Exemple : Un couple s’endette pour organiser une fête spectaculaire. Ils postent les photos sur Instagram avec filtres et musique. Après la fête, ils n’ont plus rien à manger. La réalité ne suit pas le numérique.
Vers des fêtes responsables et spirituelles
Il est temps que nous revoyions notre manière de célébrer les fêtes musulmanes. Ces moments doivent rester des instants de piété, de gratitude envers Allah, et non des compétitions de prestige. La modération, l’intention sincère et la gestion responsable des moyens sont des principes sacrés en islam.
Ces exemples montrent que le déséquilibre dans les priorités, la comparaison sociale, et la quête d’approbation extérieure dénaturent l’essence même des fêtes religieuses. L’Islam enseigne que la meilleure fête est celle vécue dans la simplicité, la reconnaissance et la crainte d’Allah.
Conseil final : « Mangez et buvez, mais ne soyez pas excessifs, car Allah n’aime pas les outranciers. » (Sourate al-A’râf, v. 31)
Diamba MANÉ, la plume soucieuse !



























































