Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
Chers frères et sœurs, chers camarades, chers aînés,
Je prends la parole aujourd’hui non pas comme un expert, mais comme un frère soucieux, témoin des réalités douloureuses de notre chère région de Sédhiou.
Je refuse de rester silencieux alors que notre localité continue d’enregistrer des chiffres alarmants en matière de VIH/SIDA, malgré toutes les campagnes de prévention et de sensibilisation déjà menées.
La situation des enfants vivant avec le VIH dans la région de Sédhiou est particulièrement préoccupante. Pour preuve : lors du lancement du projet EMPRISE 4, le directeur régional de la santé, Dr Yeri Camara, a révélé que 66 enfants sont actuellement porteurs du virus.
Au-delà des défis médicaux liés à leur traitement, ces enfants font face à une extrême précarité sociale, qui rend leur prise en charge encore plus complexe et douloureuse.
Qui sommes-nous pour rester insensibles face à cette annonce ?
Allons-nous détourner le regard et faire semblant de ne pas savoir ?
Ou accepterons-nous de réfléchir, d’en parler, et de nous engager ?
Ce fléau n’est pas une fatalité : c’est un défi collectif. Il est la conséquence de choix individuels et sociaux, de réalités économiques, mais aussi et surtout de notre silence coupable.
C’est pourquoi, en toute humilité, je voudrais aujourd’hui partager mon point de vue sur :
- Les causes qui expliquent cette persistance,
- Les responsabilités que nous devons assumer,
- Une lecture musulmane qui éclaire ce problème,
- Et enfin des pistes de solutions concrètes et spirituelles.
Qu’Allah nous accorde la sincérité, la lucidité et la volonté d’agir pour le bien de nos enfants, de nos familles et de toute notre communauté.
- Quelles sont les causes ?
Le VIH/SIDA ne se propage pas dans le vide : il résulte d’un ensemble de causes souvent imbriquées.
- L’ignorance et le manque d’information
Beaucoup de jeunes ne connaissent pas les modes de transmission.
Les parents et éducateurs n’osent pas parler de sexualité par pudeur ou tabou.
Résultat : la rumeur, la désinformation et la peur remplacent la science.
- La pauvreté et la précarité
La misère conduit certains à se livrer à des relations transactionnelles.
Des filles mineures peuvent se prostituer par nécessité.
La pauvreté limite aussi l’accès aux soins et au dépistage.
- La permissivité et la débauche
Multiplication des partenaires sexuels sans protection.
Adoption de modèles venus d’ailleurs, où l’on banalise la fornication.
Consommation d’alcool ou de drogues, qui désinhibe et mène à des rapports à risque.
- La mobilité et la migration
Sédhiou est une zone de transit et de migration.
Les travailleurs migrants ou transporteurs peuvent contracter le virus ailleurs et le ramener.
- Le silence et la stigmatisation
Peur de se faire dépister, peur du « qu’en dira-t-on ».
Les personnes séropositives se cachent et ne se soignent pas.
Ce silence nourrit la propagation.
B. Quelles responsabilités ?
Le problème du VIH n’est pas uniquement la responsabilité des autorités ou des malades : il est l’affaire de tous.
- La responsabilité individuelle
Chacun doit s’informer sur les modes de transmission.
Éviter les comportements à risque (Zina, consommation de drogues).
Se faire dépister et connaître son statut.
2. La responsabilité familiale
Les parents doivent briser le tabou et parler avec leurs enfants.
Les familles doivent inculquer la pudeur et le respect des valeurs islamiques.
Encourager le mariage précoce si les conditions sont réunies.
3. La responsabilité communautaire et locale
Les chefs de village, imams, enseignants, responsables associatifs doivent sensibiliser.
Organiser des causeries, des journées de dépistage volontaire.
Lutter contre la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH.
4 La responsabilité étatique et institutionnelle
Renforcer les campagnes de prévention dans les langues locales.
Faciliter l’accès aux soins et aux antirétroviraux.
Soutenir les programmes pour les jeunes filles vulnérables.
- Quelle lecture musulmane ?
L’Islam, loin de fermer les yeux sur ces réalités, propose des principes puissants pour prévenir ce fléau.
1 La préservation de la vie et de la santé
Allah dit : « Et ne vous tuez pas vous-mêmes. Allah, en vérité, est Miséricordieux envers vous. » (Coran 4 :29)
Se protéger et protéger autrui est une obligation religieuse.
2 L’interdiction de la zina (fornication et adultère)
Le Coran est clair : « Et n’approchez pas la fornication. En vérité, c’est une turpitude et quel mauvais chemin. » (Coran 17 :32)
Beaucoup de cas de VIH sont liés aux rapports hors mariage. Encourager la chasteté et le mariage protège la société.
3 La promotion de la pudeur et de la morale
Le Prophète (psl) a dit : « La pudeur ne produit que du bien. » (Boukhari et Mouslim)
Protéger nos enfants de la débauche, des médias indécents, des comportements immoraux.
4 La solidarité avec les malades
Ne pas rejeter ni insulter les personnes atteintes.
Le Prophète (psl) a dit : « Le musulman est le frère du musulman ; il ne l’abandonne pas et ne le trahit pas. »
Leur offrir accompagnement moral et matériel.
5 L’alliance entre la foi et la science
Accepter le dépistage volontaire.
Suivre les traitements modernes.
Ne pas opposer la médecine à la foi : le Prophète (PSL) encourageait les remèdes.
- Quelles solutions ?
De mon côté voici quelques pistes pratiques et spirituelles :
1 Sensibilisation adaptée
Campagnes dans les langues locales.
Prêches dans les mosquées sur la prévention et la morale.
Témoignages d’anciens malades ou de médecins musulmans.
.2 Éducation sexuelle responsable
Enseigner la prévention dans le respect des valeurs islamiques.
Parler de l’abstinence avant le mariage.
Montrer que l’Islam ne refuse pas d’aborder ces sujets.
3 Promotion du mariage
Encourager les jeunes à se marier tôt si possible.
Aider à réduire les coûts excessifs des cérémonies.
Rappeler que le mariage est une sounna et un rempart.
4 Soutien aux plus vulnérables
Programmes d’autonomisation économique pour les femmes.
Bourses ou microcrédits pour éviter la prostitution.
Encadrement des orphelins.
5 Accès au dépistage et aux soins
Rendre le test accessible, volontaire et confidentiel.
Former des conseillers religieux pour accompagner moralement.
Organiser des journées communautaires de dépistage.
6 Mobilisation des leaders religieux
Que les imams intègrent ces sujets dans leurs sermons.
Organiser des causeries intergénérationnelles.
Former des « ambassadeurs de la prévention » dans les daaras et écoles.
Chers frères et sœurs,
En tant que frère soucieux, je ne peux accepter de voir ma région sacrifier son avenir sur l’autel du silence et de la honte.
Le VIH/SIDA est un fléau, mais il n’est pas une fatalité. Ensemble, en conjuguant la foi et la science, l’éducation et la morale, la solidarité et la prévention, nous pouvons changer le destin de Sédhiou.
Qu’Allah nous accorde la clairvoyance, le courage et la volonté d’agir pour le bien de nos familles et de nos communautés.
Wassalamou Alaikoum wa Rahmatoullah wa Barakatouh.
Diamba MANE, la plume soucieuse !


























































