Pour cette journée mémorielle, gravée à jamais dans l’annale de l’étudiant Sédihois.
Témoigner, ce n’est pas seulement raconter. Témoigner, c’est faire revivre ceux qui ne sont plus de ce monde.
C’est une manière simple mais puissante de ressusciter leur histoire, pour que la postérité ne les oublie jamais. Ils ont vécu, ils ont semé, ils ont marqué des cœurs. À nous, les vivants, de garder leurs traces vivantes.
“Il est des dates que le temps n’efface pas. Il est des absents dont le silence continue de parler.”
Le 1er août. Une date gravée dans la mémoire collective estudiantine de Sédhiou. Une blessure encore vive, un rappel brutal de la fragilité de la vie, et de la grandeur des sacrifices consentis par la jeunesse pour sa terre.
Il y a aujourd’hui 8 ans, quatre de nos frères, camarades, étudiants, sont tombés tragiquement sur la route de Ngathie Naoudé, à 37 kilomètres de Kaolack, alors qu’ils rentraient des élections législatives de 2017. Ils n’étaient pas en mission pour un parti, ni pour des intérêts politiques.
Il y avait aussi des blesses qui jusque -là traine des séquelles issues de cette tragédie que Sédhiou n‘a jamais connu. Ils étaient en marche pour Sédhiou. Par devoir, par engagement, par amour profond pour leur localité.
Nous honorons aujourd’hui la mémoire de :

El Hadji Sankoung DJITTE, un océan de bonté, un cœur ouvert à tous sans exception. Il trouvait toujours le moyen de redonner le sourire à ceux qui l’entouraient. Avec lui, c’est l’humain qui était au centre de ses préoccupations.
De l’Université Cheikh Anta Diop au lycée Ibou Diallo de Sédhiou, chacun retiendra de lui son sens élevé de l’écoute, de l’ouverture, et son caractère profondément altruiste. Une âme bienfaisante. Il ne badinait jamais avec les heures de prière.
Thierno Aly BALDE… Que dire de ce « gosse » avec qui j’ai tant échangé ? Il ne m’appelait jamais par mon nom, mais toujours « Grand ». À travers l’ACES, ta liste syndicale à la FASEG et ton engagement constant pour voir Sédhiou debout, tu incarnais le patriotisme dans ce qu’il a de plus noble. Toujours prêt à servir, tu as été un exemple pour nous autres, tes aînés. Très pieux, très engagé.
Mouhamadou Tafsir DIALLO… Notre rencontre fut virtuelle, rendue possible par la magie des réseaux sociaux. Tu faisais partie de ceux qui commentaient mes chroniques, relançaient les débats autour d’Allah, du Coran, des hadiths du Prophète Muhammad (paix et salut sur lui).
À travers ces échanges, j’ai découvert en toi une connaissance islamique très profonde, sincèrement tournée vers la Face d’Allah.
Je me souviens encore : juste après la prière de 17h à la Grande Mosquée UCAD/AEMUD, un frère m’accosta pour me dire que tu dirigeais parfois la prière dans une mosquée à Grand Yoff pendant le mois béni. Et que tu étais de Sédhiou.
Notre rencontre physique eut lieu le jour du départ pour Sédhiou, dans le hall du Pavillon A. J’étais chargé de faire le rappel aux étudiants sur les invocations du voyageur. Tu es venu vers moi :
— « Vous êtes Ibn Maryam Mané ? »
— « Oui. »
— « Eh bien, je suis tel. »
C’est à cet instant que j’ai compris que nous étions tous deux de Sédhiou. Malgré ton état préoccupant à l’hôpital Ibrahima Niasse de Kaolack, tu avais tenu à me présenter à ton père et à ton frère. Quelle noblesse…
Et je n’oublierai jamais non plus ce jour du retour vers Dakar. Des imprévus avaient retardé notre départ. Il était 19h lorsque je t’ai sollicité pour que tu diriges la prière dans l’enceinte de la mairie. Et comme toujours, en Allah, tu n’as pas refusé.
Cette prière… fut notre dernier tête-à-tête, frère, avant l’accident.
Puisse Allah t’accueillir dans Son infinie miséricorde.
Pierre Bertrand SAMBOU, une révélation. Un jeune que j’ai découvert, doté d’un esprit fécond et d’une grande ouverture d’esprit. Ses camarades de l’église étaient unanimes : ton sérieux, ton engagement pour les causes nobles, ta maturité dépassaient ton âge. Tu portais en toi des valeurs rares.
Ces noms ne doivent pas seulement figurer sur des affiches ou des publications d’hommage. Ils doivent vivre dans notre mémoire collective, dans nos combats, dans nos revendications, dans chaque pas que nous faisons pour bâtir un avenir meilleur pour Sédhiou.
Appel à la conscience collective
Ce drame n’est pas seulement un accident. Il est le reflet d’un mal plus profond : l’oubli de la jeunesse de Sédhiou. Une jeunesse qui, malgré tout, continue à se battre, à se mobiliser, à créer, à proposer, sans jamais recevoir l’accompagnement qu’elle mérite.
Nous, anciens et étudiants de Sédhiou, réunis autour de l’ACES (Association des Communautés Estudiantines de Sédhiou), lançons un appel solennel :
• À l’État et aux autorités locales : entendez nos voix, nos cris, nos espérances.
• À nos leaders politiques : cessez les promesses sans lendemain.
• À la société civile : unissez-vous à nous pour faire vivre la mémoire de nos camarades disparus et soutenir ceux qui poursuivent le combat.
Le développement de Sédhiou ne se fera pas sans sa jeunesse. Il est temps de nous écouter, de nous soutenir, de nous doter des moyens nécessaires pour continuer à servir notre région avec dignité, intelligence et foi.
À nos frères tombés : vous vivez en nous
Votre départ fut brutal, injuste, insupportable. Mais vous n’êtes pas partis pour rien. Vous êtes devenus des symboles. Votre engagement est désormais notre flambeau. Et tant que nous marcherons pour la justice, l’égalité, et le progrès de notre terre natale, vous ne serez jamais oubliés.
Que la terre de Sédhiou, que vous avez tant aimée, vous soit légère. Que leur mort ne soit pas vaine pour cette localité dont ils ont montré a plus d’un leur patriotisme et loyauté
Que votre souvenir continue d’éveiller les consciences et d’inspirer les générations à venir.
Diamba MANE, géographe, Gestionnaire R. H / Président du Comité électoral ACES



























































