À l’ère des réseaux sociaux et des apparences trompeuses, nos jeunes couples sombrent, souvent sans même s’en rendre compte. L’union sacrée qui devait reposer sur la piété, la sincérité, la discrétion et l’amour du bien se dissout dans un monde où l’image vaut plus que la réalité, où les « likes » pèsent plus que les conseils avisés des proches. Aujourd’hui, dire la vérité est devenu un luxe que peu s’offrent. Par peur de froisser, on ment. Par peur de perdre l’amitié, on approuve le mal. Par souci d’être tendance, on sacrifie son couple à la place publique.
1. Un constat alarmant
Nos jeunes frères et sœurs musulmans se perdent parfois dans les illusions du showbiz, oubliant que ce monde n’est qu’un décor éphémère. Trop souvent, les querelles conjugales deviennent virales, les différends deviennent publics, et les conseils sincères sont moqués ou rejetés. Le téléphone devient le confident, les followers les guides, et les publications les tribunaux. Or, les réseaux sociaux ne sont ni des arbitres ni des conseillers vertueux. Ils amplifient les blessures, attisent les conflits et exposent les faiblesses de l’intimité.
2. L’art oublié du bon conseil
Donner un bon conseil est une marque de foi et un devoir islamique. Comme le dit le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) : « La religion, c’est le bon conseil. »
Pourtant, ce noble acte est aujourd’hui mal perçu : on le confond avec le jugement, le rabaissement ou l’envie de dominer l’autre. Un vrai conseil ne se donne pas par mépris, mais par amour. Il se donne en privé, avec douceur, sincérité, intelligence, et surtout avec le souci réel du bien de l’autre.
Chère sœur, cher frère mes conseils à vous :
Prodiguer un conseil est un acte d’adoration autant qu’un acte de fraternité, mais il obéit à des règles précises que tout musulman doit connaître pour éviter de blesser, humilier ou aggraver une situation. Voici les principes fondamentaux à respecter :
1. La sincérité (الإخلاص)
Le conseil doit émaner d’un cœur sincère, motivé uniquement par la recherche de l’agrément d’Allah. On ne conseille pas pour se mettre en valeur, pour humilier l’autre ou pour se donner une supériorité morale, mais par amour fraternel et crainte qu’il se perde.
« La religion, c’est le bon conseil. » (Muslim)
Pose-toi la question : Est-ce que je veux vraiment son bien, ou juste lui prouver qu’il a tort ?
2. La discrétion (السرية)
Le conseil doit être donné en privé, à l’abri des regards, des oreilles curieuses et des jugements hâtifs. Le conseiller qui humilie en public devient plus un dénigreur qu’un frère. Le Prophète ﷺ n’exposait jamais un compagnon par son nom quand il voulait corriger une erreur.
« Celui qui conseille son frère en secret, il l’a vraiment conseillé. Celui qui le fait en public, il l’a humilié. » — (Ibn Rajab)
Rappelle-toi : le but n’est pas de briller devant les autres, mais de sauver une âme.
3. Le bon moment (اختيار الوقت المناسب)
Tous les cœurs ne sont pas disponibles à tout moment. Il faut choisir un instant propice, un moment de calme, d’écoute et de lucidité. Un conseil mal placé, donné sous la colère ou lors d’une dispute, peut produire l’effet inverse.
Ibn Mas’oud (رضي الله عنه) disait : « Parlez aux gens selon ce qu’ils sont capables de comprendre. Voulez-vous que l’on traite Allah et Son Messager de menteurs ? »
Astuce : Attends que la personne soit apaisée, réceptive, voire même en demande de conseils.
4. La douceur dans les mots (الرفق واللين)
Le ton fait souvent plus de dégâts que le contenu du message. Il faut parler avec tendresse, sans brutalité, avec des mots choisis, bienveillants, pleins d’amour fraternel. Même avec Pharaon, Allah ordonna à Moïse d’utiliser des mots doux !
« Par la sagesse et la bonne exhortation appelle (les gens) au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure manière. » (Sourate An-Nahl, 16 :125)
Rappelle-toi : Tu ne changes pas les gens en les attaquant, mais en les inspirant.
5. Le savoir (العلم)
Un conseil ne peut être basé sur l’émotion, les rumeurs ou l’ignorance. Il doit reposer sur une connaissance solide, vérifiée et conforme à la vérité. Celui qui parle sans savoir peut nuire plus qu’aider.
« Dis : Est-ce que vous égalisez ceux qui savent et ceux qui ne savent pas ? » (Sourate Az-Zumar, 39 :9)
Formule ton conseil en disant : « Voici ce que j’ai appris, ce que j’ai entendu d’un savant, ce que dit tel verset ou hadith… »
6. L’exemplarité (القدوة)
Rien n’est plus contre-productif que de conseiller ce qu’on ne pratique pas soi-même. Le musulman doit être le premier à mettre en œuvre ce qu’il recommande aux autres.
« Recommanderez-vous aux gens la piété et vous oubliez vous-mêmes de le faire ? » (Sourate Al-Baqara, 2 :44)
Travaille sur toi-même pour que ton conseil soit crédible, et inspire plus qu’il ne culpabilise.
7. L’intention de protéger et non de dénoncer (الستر والإصلاح)
Le but n’est jamais de dénoncer les défauts mais de réparer, protéger, préserver. Celui qui aime vraiment son frère cherchera à cacher sa faute tout en l’aidant à s’en sortir, et non à le salir.
Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui couvre les défauts d’un musulman, Allah couvrira les siens le Jour du Jugement. » (Muslim)
Pose-toi la question : Suis-je en train de corriger ou de juger ?
8. La patience face au rejet (الصبر على الأذى)
Tu peux être ignoré, rejeté, voire insulté pour un bon conseil. Ne t’arrête pas à la réaction de l’autre, cherche ta récompense auprès d’Allah. Les Prophètes eux-mêmes ont été rejetés.
« Ô mon fils ! Accomplis la prière, recommande le bien, interdis le mal, et endure ce qui t’arrive avec patience. » (Luqmân, 31 :17)
Ne te décourage pas, même si ton conseil ne change rien immédiatement
9. La vérification (التحقق من المعلومات)
Avant de parler, vérifie les faits. Beaucoup de disputes et de conflits sont nourris par des rumeurs infondées, des messages mal interprétés ou des calomnies. Ne sois pas l’instrument d’un mensonge.
« Ô vous qui avez cru ! Si un pervers vous apporte une nouvelle, vérifiez-la, de peur que vous ne portiez atteinte à des gens par ignorance. » (Sourate Al-Hujurat, 49:6)
N’interviens pas trop vite. Demande, clarifie, puis parle si nécessaire.
10. La vision à long terme (النية الطيبة والمآل)
Un bon conseil vise le bien ici-bas et dans l’au-delà. Pense à l’impact de tes mots sur l’avenir de la personne, de son couple, de sa famille. Un bon mot peut sauver un mariage, un mauvais mot peut briser une vie.
Sois une lumière, pas un feu. Sois un pont, pas une barrière.
Ma sœur, mon frère,
Donner un bon conseil, c’est être un frère sincère, un miroir fidèle, une main tendue, une lanterne dans la nuit. C’est une responsabilité noble, mais délicate. Seuls ceux qui allient savoir, foi, douceur et sagesse peuvent l’exercer comme il se doit.
Cher frère, chère sœur,
Tu n’es pas une star, tu es un serviteur d’Allah. Ton couple n’est pas une série, mais un pacte devant Allah. Ce monde ne tient qu’à un fil, ne le laisse pas couper celui qui te lie à ton époux(se), surtout pour des futilités, des regards extérieurs ou des jalousies numériques. Avant de poster ta colère, parle à ton Seigneur. Avant de chercher des likes, cherche le contentement d’Allah. Avant de fuir un bon conseil, souviens-toi que le Prophète lui-même le voyait comme une partie intégrante de notre religion.
Et surtout, n’oublie pas tes enfants, nés ou à venir. Que resteront-ils de vos querelles ? Des captures d’écran ? Des statuts humiliants ? Ou un foyer reconstruit sur la foi, le dialogue et le repentir ?
Réapprenons à dire la vérité, à écouter les voix sages, à fermer les téléphones et à ouvrir les cœurs.
Diamba MANE, la plume soucieuse !



























































