Enseignante de profession et écrivaine, Mme Aïda Aïssatou Djiba Bodian a accepté d’accorder cette excellente interview à Demactu. Avec nous, elle évoque ses trois productions intellectuelles et parle de l’importance de la lecture. Pour Mme Bodian, l’intérêt pour la lecture de livres semble diminuer chez les jeunes générations. La romancière donne rendez-vous aux élèves et enseignants au prochain rendez-vous des « Palabres littéraires du Samedi », événement prévu le 26 avril 2025, à Boumouda.
Pouvez-vous présenter à nos lecteurs…
Je ne saurais entamer mon propos sans vous remercier très sincèrement pour l’honneur que vous me faites à travers cette interview. Je suis enseignante de profession, Aïda Aïssatou Djiba Bodian fait partie de la 8e génération des volontaires de l’Éducation nationale. De souche Diola, je suis née à Bignona, originaire de Sitoukéne dans la commune de Djibidjone, arrondissement de Sindian, département de Bignona, région de Ziguinchor. Je suis de la communauté des Diolas du Fogni. J’ai fait mon cursus scolaire à Sédhiou où j’ai passé son enfance. J’ai servi pendant plus de 20 années dans le milieu rural : de secrétaire de la CL/SCOFI dans la zone de Pakour dans le Vélingara, Aida Aïsatou Djiba est aujourd’hui la présidente du Comité local pour la promotion de la scolarisation des filles dans la commune de Djirédji. J’ai toujours milité pour la cause de la fille et de la femme, c’est-à-dire la valorisation de celles-ci. Comme tous membres de Ce collectif, je me suis fixée les objectifs suivants : la scolarisation, le maintien et la réussite des filles à l’école. Pour la promotion du livre et de la lecture, Aïssatou est membre de l’association des Amis de l’Harmattan le 2AH, dont l’objectif premier est le combat pour la sauvegarde des œuvres de grands hommes de lettres et de sciences, comme Cheikh Anta Diop et tant d’autres.
Vous êtes une écrivaine, une romancière. Peut-on savoir pourquoi ce goût à l’écriture ?
Oui, je suis écrivaine, romancière. Le dernier livre qui est apparu en novembre 2024 est une pièce théâtrale. Je m’aventure avec la poésie, c’est pourquoi je m’en tiens à dire romancière, dramaturge, …Écrire est comme moi : une expression personnelle. L’écriture me permet de partager mes pensées, mes émotions et mes expériences. Elle est en fait une sorte de délivrance, de liberté, un moyen d’expression. Pour des questions d’actualités, pourquoi ce goût à l’écriture ? C’est surtout la recherche de sens. Là, je l’utilise comme un moyen d’explorer des questions existentielles, de chercher des réponses ou de donner un sens à des expériences vécues. Cela renvoie à mon ouvrage, l’Ombre du Déshonneur, paru en novembre 2024. Dans cette tragicomédie, je jette un regard critique sur les conséquences de la mal gouvernance de nos services publics et privés, dans un contexte de conjoncture économique où les secteurs clés du développement étaient marginalisés.
Vous êtes à combien d’ouvrages ?

J’en suis à ma troisième publication : « Une Trajectoire difficile », publié en 2020; « Le peuple du Gnalingba » en 2021, « L’ombre du déshonneur » publié en 2024.
Quel est le livre qui vous a le plus valu de satisfaction ?
Comme je l’ai dit en l’entame de mes propos, je milite pour la cause de la femme. Les conditions de la femme constituent la trame de mes deux premiers romans mais le « Peuple du Gnalingba » m’a permis de montrer aux gens ce que nous traversons parfois. Que ça soit la douleur des femmes que j’ai évoquées ou l’enseignant model que j’ai peint dans ce roman qui, malgré les difficultés, a pu créer les conditions optimales d’éclosion des talents et hisser le drapeau de l’éducation très haut. Mais également faire connaître ma culture, la langue Diola et Manding que je maitrise bien par l’intrusion de certains mots. Ce métissage linguistique peut se voir à travers tous mes écrits. Et je peux dire que c’est en quelque sorte montrer mon identité. Ce n’est pas parce que je l’ai vécu, mais l’écrivain est en quelque sorte quelqu’un qui essaye de se mettre à la place de tout un chacun, un porteur de voix. Cependant, s’il s’agit de satisfaction par rapport aux retombées financières, l’écriture est une sorte de passion pour moi. Nous dépensons beaucoup pour éditer un livre, mais (j’utilise la première personne du singulier) je n’y gagne rien par rapport aux dépenses.
Est-il facile d’écrire ? Combien de temps ça vous coûte ?
En tant qu’auteure, l’écriture d’un ouvrage découle de l’intérêt que je porte à une question ou à un phénomène social. Pour rédiger une œuvre de fiction, il est primordial de choisir un sujet que l’on considère pertinent. Ceci se réfère généralement à mon contexte socio-culturel ou socio-professionnel que je souligne pour être plus proche de la réalité. En résumé, tout comme la lecture, l’écriture est une activité captivante. Rédiger un livre demande du temps, il est important de savoir que je suis à la fois mère de famille et professeur, responsable d’une classe.
Pensez-vous que le livre maintient son importance dans ce monde moderne envahi par l’internet ?
Je vous remercie pour cette interrogation. Il est important de noter que « sans un apprentissage efficace de la lecture et un amour pour les livres, tous les autres enseignements sont potentiellement compromis ». Comme nous le savons, chaque leçon de lecture constitue la base d’une leçon de mathématiques, de sciences et aussi d’histoire. Il est essentiel de posséder d’excellentes aptitudes en lecture pour réussir non seulement dans les autres domaines, mais également dans la vie de tous les jours. Quand nous mentionnons la lecture, nous faisons référence aux livres. Il ne s’agit pas simplement de lire pour le plaisir, mais plutôt de lire pour comprendre et apprendre. Cependant, les pratiques évoluent avec le passage du temps. L’intérêt pour la lecture de livres semble diminuer chez les jeunes générations. Il est également important de noter que les livres électroniques manquent de la tangibilité et du charme visuel qu’offre une collection de livres imprimés. Malgré les avantages pratiques et l’économie d’espace offerts par les bibliothèques numériques, l’un des principaux inconvénients des livres électroniques est leur incapacité à reproduire le lien émotionnel que les lecteurs établissent avec leurs bibliothèques. C’est pour vous dire que le livre maintient toujours son importance dans ce monde dominé par le numérique.
Quelle est selon vous l’importance de la lecture ?
La lecture dès le plus jeune âge peut avoir des effets durables sur le développement personnel et intellectuel d’un individu. Elle est importante pour plusieurs raisons : elle développe des compétences linguistiques, elle permet d’acquérir des connaissances sur divers sujets, favorisant ainsi la curiosité et l’apprentissage continu, elle permet de stimuler le cerveau, en renforçant les capacités de concentration, d’analyser et de pensée critique, lire aussi aide à améliorer la concentration et la discipline personnelle.
Vous avez initié « Les Palabres Littéraires Du Samedi », ça signifie quoi ?

Oui, j’ai initié « Les Palabres Littéraires Du Samedi » (PLDS). Cependant, c’est toute une équipe composée du CEPS, d’enseignants et de professeurs très dynamiques, d’élèves et même de parents sous le coaching du directeur du centre culturel régional de Sédhiou, monsieur Youssou Diatta. « Les Palabres Littéraires Du Samedi » est un projet mensuel visant à rassembler les élèves, les enseignants, les auteurs et les amoureux des livres autour de thématiques littéraires et culturelles. Ce projet se déroulera à tour de rôle dans les collèges d’enseignement moyen de l’arrondissement de Djirédji, éventuellement de la région, afin de toucher un public large et diversifié, tout en valorisant les établissements scolaires comme lieux de culture et de savoir. Pour résumer, l’objectif principal des PLDS est de promouvoir la lecture et la littérature auprès des jeunes de l’arrondissement de Djirédji en créant un espace d’échange mensuel qui allie tradition littéraire et défis du numérique, tout en renforçant le lien entre le livre et la communauté.
Vous-avez programmé les PLDS le 26 avril. Quel type d’événement peut-on s’attendre ?
Donner la chance aux élèves qui sont à des kilomètres de Sédhiou de communier avec le livre, leur donner la chance de découvrir des surprises qui leur attendent entre les pages d’un livre par un concours de lecture à haute voix, mais également laisser libre cours à leur imagination avec des sujets fascinants pour l’écriture interactive. En tant qu’enseignante et écrivaine, renforcer le lien entre le livre et la communauté. Nous aurons un événement très spécial In ShA Allah.
Avez-vous des invités de marque lors de cet événement qui se tiendra au CEM de Boumouda ?
Il m’est difficile de confirmer parce que, même pour le premier rendez-vous, beaucoup ont décliné au dernier moment. Mais espérons bien pour cet événement.
Avez-vous des soutiens pour réussir vos différents palabres ?
Pour le premier rendez-vous, j’avais le soutien de mon époux, de ma famille, de la municipalité de Djirédji, de mon directeur M. Cissé et du principal M. Sall pour l’achat de cahiers, et L’Harmattan qui m’a offert une trentaine d’ouvrages tous genres confondus. Il y a toujours de bonnes volontés qui ont compris que les PLDS sont un cadeau pour ces enfants et pour le monde de demain. Nous avons écrit le projet, l’avons déposé et nous restons à l’écoute.
C’est quoi le programme ?
Chaque édition des « Des Palabres littéraires du Samedi » comprendra les activités suivantes : cérémonie d’ouverture ; mot de bienvenue, présentation du thème et du programme ; conférence-débat ; intervention d’un ou plusieurs invités (auteurs, enseignants, experts en numérique) sur le thème du mois : « LE RÔLE DU LIVRE ET DE LA LECTURE DANS LA CONSTRUCTION D’UNE SOCIÉTÉ COHÉSIVE ». Il y aura également : ateliers interactifs ; atelier de lecture à voix haute ; atelier d’écriture créative ; atelier de découverte des livres numériques. -Exposition de livres : Mise à disposition d’ouvrages littéraires pour les participants ; moments de partage ; lectures de textes par les élèves ou les invités, échanges avec le public ; clôture : remerciements, annonce de la prochaine édition.
Entretien réalisé par Abdou Thianthio MANÉ
























































