Face à la rareté des combats des champions sérères, l’entraîneur national Ambroise Sarr proposait des promoteurs sérères. Une solution qui ne suffit pas, car d’autres paramètres doivent être pris en compte pour que les athlètes puissent compétir et faire leurs preuves.
Quelle est la solution pour que les champions sérères puissent nouer le nguimb ?
Ambroise Sarr préconise de «trouver des promoteurs sérères qui peuvent trouver des combats à (leurs) champions». Il est vrai que l’ethnie sérère a longtemps dominé l’arène, notamment dans la lutte avec frappe. De Robert Ndiaye à Yékini, l’honneur est resté intact. Mais après l’annonce de la retraite de Yakhya Diop, en 2016, la question de sa relève reste très obscure dans les têtes.
Le problème fondamental, c’est qu’il n’y a plus une solide union entre les Sérères. Au début des années 60, il y avait une ferme alliance autour de grands champions comme Ngor Thaguine, Babou Ndieumbane et Boy Sérère du Baol, avec de jeunes poulains venus des régions de Thiès et du Sine-Saloum, comme Landing Diamé, Doudou Baka Sarr, Moussa Diamé, Ibou Senghor et Robert Ndiaye. La solidarité était parfaite entre eux. Plus tard, Doudou Baka Sarr, Moussa Diamé, Ibou Senghor et Robert Ndiaye sont devenus les têtes de file avec, derrière, de jeunes pousses comme Ambroise Sarr, Manga 2, les frères Thior (Mamady, Sitapha, Dialy Birama et Guirane). Cette union était une bonne chose pour eux. Car il y avait eu une bonne organisation dans l’encadrement, au niveau des supporters et autres. Cela était à l’avantage des champions sérères qui n’avaient pas trop de problèmes pour trouver un combat.
Dispersion des mécènes sérères
À l’écurie sérère, il y avait des cadres de la même communauté qui soutenaient leurs champions. Il s’agissait d’Émile Wardini (ancien président de l’écurie Sérère), Dr Alioune Sarr (ancien président du CNG), Mbagnick Ndiaye (ancien ministre et actuel président de l’ONG Ndef Leng). À l’époque, tous les jeunes Sérères qui venaient de débarquer dans la lutte avec frappe (même traditionnelle) étaient orientés vers cette écurie. Du coup, ils bénéficiaient des soutiens de leurs personnes ressources. Cette union des cœurs faisait que les champions sérères étaient très proches de leurs «boss». Aujourd’hui, les personnes ressources ne peuvent plus soutenir leurs champions. Parce que ceux-ci ne partagent pas la même écurie comme ce fut le cas avec la défunte écurie Sérère. Parfois même, ils luttent entre eux.
Les solutions de sortie de crise
Ambroise Sarr n’est pas de cet avis. Mais en réalité, pour bénéficier d’un combat, les jeunes champions sérères doivent faire comme les lutteurs d’autres ethnies du pays. C’est-à-dire accepter de mobiliser des foules énormes lors de leurs combats. Pour rentabiliser leur investissement, les promoteurs misent sur la mobilisation des athlètes qu’ils engagent. Et généralement les champions sérères ne mobilisent pas beaucoup. Sauf quelques rares exceptions avec Ablaye Ndiaye, jusqu’à ce qu’il soit stoppé dans son envol par Gris 2 (Fass Ndakaru). Il faut signaler que les champions sérères de la nouvelle génération commencent à comprendre l’intérêt de la mobilisation des foules. Doudou Sané, Tony Jr, Obeuli, Ordinateur…mobilisent désormais un grand monde lors de leurs combats. Cela leur permet de compétir régulièrement en lutte avec frappe.
Maintenant, pour relever ce défi, ils doivent être très proches des amateurs de la lutte simple pour les convaincre à les suivre partout où ils doivent se produire. Aujourd’hui, Reug Reug n’est pas Sérère. Mais il a réussi à se faire aimer par les adeptes de la lutte sans frappe. Lors de ses combats, beaucoup de ces grands amateurs payent leurs tickets pour aller voir le spectacle de haute facture qu’il produit.
Il n’y a pas que cela. Ils doivent aussi avoir une base affective comme les autres grands noms de la lutte. Pour la plupart, les athlètes sérères habitent dans des quartiers où ils sont considérés comme des «étrangers». Ils ne parviennent dès lors pas à mobiliser leurs nouveaux quartiers lors de leurs combats. Ce qui est un grand handicap. Pour le combler, ils doivent trouver les moyens de mettre à la disposition de leurs parents (au niveau de leurs villages) des voitures lors de leurs combats. C’est ce que Yékini faisait et ça lui réussissait bien.
Abdoulaye DEMBÉLÉ
























































