«Chaque génération découvre sa mission, l’accomplit ou la trahit», dit le savant Ibrahim Frantz Fanon. En clair, chaque génération a sa part de mission; soit elle la trahit, soit elle l’accomplit. Pour ce faire, il faut un leader à l’image d’un général d’armée. Celui qui peut jouer de gros rôles pour que la mission, quelque peu compliquée au départ soit accomplie avec brio. L’épopée de Mouhamed Ndao Tyson a eu la chance de tomber sur un «philosophe», doublé d’un géant doté par la nature.
Enfance, écolier, videur
De 1995 à 2017, l’arène sénégalaise a connu un phénomène d’une autre époque. Il s’agissait de Mouhamed Ndao dit Tyson, un champion né en 1972, à Kaolack. Il a grandi dans la banlieue dakaroise, à Pikine. Leader de la Génération «Boul Faalé», il mesure 1m97 pour plus de 130 kilos. Disciple de Cheikh Ibrahima Niass, il avait été intronisé «Cheikh» pendant sa suspension par le CNG (en 2007). Il reste à ce propos le premier «lutteur-Cheikh». Avant d’arriver au sommet, le colosse athlète a d’abord écumé les mbapatt (séances de lutte nocturne).Ensuite, il a augmenté son capital technique, notamment en lutte olympique (lors des compétitions internationales). Après il a bénéficié, pour son baptême du feu en lutte avec frappe, d’un grand combat en 1995 contre Nguèye Loum (écurie Ndiambour à l’époque), qu’il a battu à plate couture.
Tyson faisait partie des lutteurs les plus charismatiques du Sénégal. Il a régné sur la catégorie des lourds et des super lourds. Il a tout de même connu un coup de frein en 2002. C’était face à Bombardier (Mbour), qui l’a terrassé et lui a chipé la couronne royale.
Au sujet de son enfance, le jeune Mouhamed Ndao était un gosse timide. Il a passé une enfance sage. Il est issu d’une famille très respectée. Après avoir décroché son BFEM (Brevet de fin d’études moyennes) à Kaolack en 1992, il décide de venir à Dakar (Pikine), chez son père, dans l’ultime but de poursuivre son cycle secondaire. Chez son pater, Tyson était casé dans une chambrette. Celle-ci était équipée d’un matelas, d’une chaise et d’un petit poste de radio. C’est là qu’il a aimé le sport. Le natif de Kaolack a aussi grandi dans le fief de l’ASC Nattangué, à Pikine. Sportif dans l’âme, la double victime de Yékini a été président de la Commission culturelle de cette association sportive et culturelle. Il avait pris d’intéressantes initiatives pour le développement de son quartier, à travers bien entendu son ASC de cœur.
Mike a aussi été un videur. Son caractère et sa grande carapace suffisaient pour décourager les brebis galeuses, lors des soirées dansantes du quartier.
Pratiquant du karaté, de la boxe et du basket
Tyson a toujours eu des prédispositions pour le sport. Il s’est essayé, pendant l’année blanche de 1988, au basket et à la boxe. Ce n’est qu’en 1992 qu’il s’est mis exclusivement à la pratique de la lutte. Mais c’est en 1995 que l’ancien mentor d’Eumeu Sène s’est révélé au grand public. Ndiaga Diop, héritier de l’ancien lutteur Pape Diop dit Boston, y a joué un rôle primordial. Comment les choses se sont passées ? Un espion de l’histoire parle. «Un jour, Ndiaga Diop était allé s’entraîner sur la plage de Pikine. Il y a croisé Tyson. Le colosse athlète récupérait son ballon de basket tout près de lui. Après un échange, Tyson confiait à Ndiaga Diop qu’il voulait devenir un lutteur. Après avoir ainsi manifesté son souhait de devenir lutteur, le fils de Pape Diop Boston lui avait rassuré qu’il n’y avait aucun problème. Mais, il lui a demandé de patienter à la fin de ses entraînements pour aller le présenter à son père, un ancien champion d’Afrique très connu» raconte le témoin. Ce jour-là, il avait porté des chaussures «baskets» et un pantalon de type blouson de couleur rouge qu’il avait coupé au niveau du genou. Eh bien, Tyson avait rendez-vous avec l’histoire. Car l’entrevue avec Pape Diop Boston s’était bien passée. Le lutteur avait eu, séance tenante, le feu vert pour défendre dorénavant les couleurs de la mythique écurie Pikine Mbollo.
Tyson a surtout la chance d’avoir été formé par des karatékas. Ces combattants lui ont enseigné le sens de la sérénité, lors des affrontements. Ainsi que le regard constant sur l’adversaire. Cela a été une de ses armes pour effaroucher ses adversaires. L’ancien chef de Boul Faalé a aussi appris le sens de l’attaque avec les karatékas. Ces différentes disciplines sportives, qu’il a apprises dans son parcours, lui ont inculqué un style offensif. Mouhamed Ndao est alors vite passé de lutteur amateur à celui professionnel.
Vie de famille, encadrement discret et professionnel
Véritable mythe populaire, Mouhamed Ndao est entretenu par une épouse native de Ziguinchor. Il a eu trois enfants avec sa belle dulcinée. Aussi, Mouhamed Ndao doit son vrai succès à son staff. «Avant de créer l’écurie, nous avions réfléchi pendant deux ans sur sa structuration. Boul Faalé est une formation qui avait des commissions compétentes au sein de son bureau. Je peux citer par exemple la commission des sages, celles sportive et culturelle, etc. Chaque commission jouait un grand rôle dans la bonne marche de l’écurie»,avoue El Hadj Fall, bras droit et confident de Tyson.
Au départ, l’écurie nichée à Pikine s’appelait Génération Boul Faalé. C’était un regroupement de jeunes. Mais après, elle est passée à Boul Faalé tout court. La raison : les jeunes ont fini par atteindre un certain âge et une maturité certaine. Tous les pensionnaires de l’entité sont devenus adultes. Le président de l’écurie s’appelait Alioune Gningue. L’homme était un cadre de la SENELEC. Maître à penser, cette personne morale était le «développeur intellectuel» des stratégies de réussite de celui qui aura été, en si peu d’années, une star emblématique. Dans son bureau exécutif, Alioune Gningue collaborait avec de fortes têtes. Parmi ses collaborateurs, le sieur Atta Kâ qui a été, pendant tout ce temps, le secrétaire général. Même si, selon nos informations, le courant ne passe plus entre Mike Tyson et Atta. Ces hommes de l’ombre ont façonné le jeune Mouhamed Ndao pour faire de lui un bon produit.
L’esprit Boul Faalé, une philosophie vivante
Mouhamed Ndao a fait son entrée dans l’arène avec le concept Boul Faalé qui était une philosophie. Au-delà de ce slogan, Mike a été un phénomène social du self made man. Le natif de Kaolack aimait dire que son écurie a été portée sur les fonts baptismaux «sous l’impulsion d’un groupe d’amis amoureux du sport en général et la lutte en particulier».
Ce qui faisait le charme de cette formation, c’était le charisme de son porte-étendard. À force de travailler, l’ancien champion d’Afrique en lutte olympique a enregistré de belles victoires face à de redoutables champions de l’époque. Au final, il a multiplié ses admirateurs. Mieux, le Mouvement Boul Faalé a fini par séduire et éblouir le monde entier.
La légende Tyson ne s’est pas bâtie après qu’il a détrôné le Roi des arènes d’alors, Manga 2 (4 juillet 1999). Il a marqué les esprits par ses showsà l’américaine. Tyson a révolutionné la lutte. C’est grâce à lui qu’il y a eu un afflux d’argent dans le milieu. Cela a amené beaucoup de jeunes de la génération d’après à devenir des professionnels. Balla Gaye 2 s’est inspiré de lui. Eumeu Sène, qui était censé tout prendre de lui, l’a finalement quitté pour voler de ses propres ailes. L’écurie Boul Faalé s’est vidée par la suite. Valdo et Gambien étaient restés. Mais ils n’avaient rien incarné de l’esprit Boul Faalé. Par conséquent, ce concept semble mourir avec la retraite de son inspirateur. «Boul Faalé, c’est une philosophie, celle de la vie. Et une philosophie ne meurt jamais»,jure Tyson lui-même,pour tenter de clore le débat. Organigramme Boul Faalé en 1995 ? Président : Alioune Gningue. Secrétaire général : Atta Kâ. Trésorier : Babacar Guèye. Directeur technique : Pape Ndiaye. Entraîneur : Feu Bill Guèye.
Chouchou du public et des annonceurs
Tyson faisait partie des lutteurs les plus rémunérés. Malgré un parcours en dents de scie, le leader de Boul Faalé était un «objet» marketing qui attirait les sponsors. «Je ne m’en cache pas. Je suis un sportif et j’apporte au public du spectacle, en créant l’événement à chacune de mes sorties. Les promoteurs, les sponsors et les spectateurs réclament des lutteurs de qualité. Cela nécessite un prix à payer»,confie-t-il, sans s’en glorifier.Effectivement tout cela a fait que notre Mike Tyson national était devenu, par la force des choses, le chouchou du public, des médias, des promoteurs et des annonceurs. Tyson avait, en effet, décroché toutes sortes de sponsors au point de faire grimper les cachets à des sommets que l’imagination n’aurait jamais effleuré. Sa personnalité, renforcée par son professionnalisme, suffisaient pour convaincre les annonceurs.
À la place des «tousse» (chorégraphies) qui ne correspondaient presque plus aux désirs des jeunes, Mouhamed Ndao avait créé le «Ndiouck», une danse d’ensemble soutenue par un rythme qui faisait délirer les foules. À cette chorégraphie bien appréciée par les puristes s’était greffé un cri de guerre : Boul Faalé.
Aussi, l’accoutrement de cet ancien Roi des arènes, assorti par la bannière étoilée du drapeau américain, symbole de puissance, avait joué sa partition. Bref, le génie de Mouhamed Ndao avait fini par convaincre les sponsors. Ces derniers utilisaient son image. Ainsi, le leader de Boul Faalé avait été plusieurs fois désigné par des sociétés alimentaires pour faire la promotion de denrées comme le lait, les biscuits, le riz…
Comment il appâtait Eumeu Sène et Gambie avec ses villas et appartements
Devenu riche par ses gros cachets financiers, Tyson a beaucoup investi. Un de ses lieutenants, Gambien, a levé un coin du voile sur ses trésors cachés. Le Scorpion de Boul Faalé expliquait comment Tyson les appâtait avec ses belles villas et voitures. «Tyson nous mettait parfois dans sa belle victoire. À l’époque, Eumeu Sène, les autres et moi n’étions pas encore devenus ce que nous sommes aujourd’hui. Il nous amenait dans ses villas et appartements pour nous les faire visiter. Un jour, je me souviens que Tyson nous avait amenés dans une villa très luxueuse. Ce jour-là, il nous dit : «je veux que vous réussissez dans l’arène pour pouvoir acquérir ces belles maisons. Je sais que vous en êtes capables. Il suffit juste de travailler. Mon parcours doit vous inspirer»,confiait le Scorpion de Boul Faalé, le seul grand nom qui était resté dans l’écurie après le départ d’Eumeu Sène et ses lieutenants.
De 1995 à 2007 : il brasse près d’un demi-milliard
En 2007, Tyson figurait en bonne place dans les Hitparades des ténors enrichis par la structure «Action 2000» du promoteur Petit Mbaye. Sans tenir compte des cachets des sponsors, Mouhamed Ndao arrivait en première position, avec cinq combats sur les sept organisés par «Action 2000», depuis 1999. Hormis ses combats face à Tapha Guèye et Manga 2 (respectivement 15 et 30 millions FCFA), le leader de Boul Faalé avait raflé au minimum la bagatelle de 60 millions FCFA, à chaque combat. Notre classement donnait ceci : Tyson : 240.000.000 FCFA Bombardier : 185.000.000 FCFA. Gris Bordeaux : 80.000.000 FCFA. Tapha Guèye : 30.000.000 FCFA. Donc, si l’on y ajoutait ses cachets empochés face à Tapha Guèye et Manga 2, sa cagnotte (avant sa suspension), c’était 285 millions FCFA, soit près de 300 millions FCFA. Ce qu’il gagnait avec ses cachets de sponsoring étaient beaucoup plus important. Car les cachets de sponsoring étaient plus intéressants que ceux déclarés officiellement au CNG. Donc, Tyson avait brassé près d’un demi-milliard de nos francs avant sa suspension.
Tyson : «J’ai gagné 370 millions sur mes 3 derniers combats»
Notre Mouhamed Ndao était l’invité de l’émission C’Midi de la RTI (Côte-d’Ivoire) en «Spéciale Tyson», le vendredi 24 mars 2017. Lors de cette émission très suivie, l’ancien chef de file de l’écurie Boul Faalé avait fait des révélations sur ses derniers cachets. Il avait révélé que son plus gros cachet était de 150 millions FCFA. Cachet encaissé lors de sa dernière confrontation contre Yakhya Diop dit Yékini (4 avril 2010). Contre Balla Gaye 2 (30 juillet 2011), il avait empoché plus de 100 millions FCFA. Et lors de son dernier duel contre Gris Bordeaux (3 mai 2015), il avait encaissé 120 millions FCFA.
Tyson Business Company dans l’immobilier, l’agriculture, le TER…
Après la révolution sportive, c’est le tour de celle intellectuelle. Lorsque Mouhamed Ndao avait été coopté par le ministre des Sports Matar Ba, pour siéger dans le nouveau bureau du CNG, il s’était fixé cet objectif. Mouhamed Ndao ne s’était pas assigné cet objectif pour rien. Il occupait le poste de chargé des ressources financières dans l’instance faîtière de la lutte.
L’entourage de Mouhamed Ndao confie que son ambition a toujours été de créer des sociétés pour employer des Sénégalais. Aujourd’hui, son rêve est devenu réalité. Même si le concerné lui-même n’aime pas dévoiler ses business, l’on est en mesure de dire, à l’issue de cette enquête, que ses business sont assez florissants.
Mike Tyson évolue actuellement dans plusieurs secteurs de la vie. Il a créé sa propre entreprise : Tyson Business Company(TBC). Une entreprise qui évolue dans l’agriculture, l’immobilier, entre autres. Il a une agence immobilière aux Maristes. Il a aussi une sous-société qui évolue dans l’agriculture. Il fait de très grands résultats dans le domaine agricole. Dans l’immobilier, c’est à Tivaouane Peulh qu’il étale ses compétences. De sources concordantes, le premier Roi de Pikine aurait en quelque temps gagné des marchés au niveau du TER (Train express régional). Son entreprise est également compétente dans la construction des routes.
L’ancien Roi des arènes a tiré sa révérence sportive. Mais la légende Mouhamed Ndao Tyson est toujours vi-van-te.
Par Abdoulaye DEMBÉLÉ
























































