Face à la rareté des combats des champions sérères, l’entraîneur national Ambroise Sarr propose des promoteurs sérères. Une solution qui ne suffit pas, car d’autres paramètres doivent être pris en compte pour que ces athlètes, susceptibles de succéder à Yakhya Diop, puissent compétir et faire leurs preuves.
Quelle est la solution pour que les champions sérères puissent nouer le nguimb ? Ambroise Sarr préconise de «trouver des promoteurs sérères qui peuvent trouver des combats à nos champions». Il est vrai que l’ethnie sérère a longtemps dominé l’arène, notamment dans la lutte avec frappe. De Robert Ndiaye à Yékini, l’honneur est resté intact. Mais après l’annonce de la retraite de Yakhya Diop, la question de sa relève reste très obscure dans les têtes.
Le problème fondamental, c’est qu’il n’y a plus une solide union entre les Sérères. Au début des années 60, il y avait une solide alliance autour de grands champions comme Ngor Thaguine, Babou Ndieumbane et Boy Sérère du Baol, avec de jeunes poulains venus des régions de Thiès et du Sine-Saloum, comme Landing Diamé, Doudou Baka Sarr, Moussa Diamé, Ibou Senghor et Robert Diouf. La solidarité était parfaite entre eux. Plus tard, Doudou Baka Sarr, Moussa Diamé, Ibou Senghor et Robert Diouf sont devenus les têtes de file avec, derrière, de jeunes pousses comme Ambroise Sarr, Manga 2, les frères Thior (Mamady, Sitapha, Dialy Birama et Guirane). Cette union était une bonne chose pour eux. Car il y a eu une bonne organisation dans l’encadrement, au niveau des supporters et autres. Cela était à l’avantage des champions sérères qui n’avaient pas trop de problèmes pour trouver un combat.
Dispersion des souteneurs sérères, une fatalité
À l’écurie sérère, il y avait des cadres de la même communauté qui soutenaient leurs champions. Il s’agissait d’Émile Wardini (ancien président de l’écurie Sérère), Dr Alioune Sarr (actuel président du CNG), Mbagnck Ndiaye (actuel ministre de la Culture et de la Communication). À l’époque, tous les jeunes Sérères qui venaient de débarquer dans la lutte avec frappe (même traditionnelle) étaient orientés vers cette écurie. Du coup, ils bénéficiaient des soutiens de leurs personnes ressources. Cette union des cœurs faisait que les champions sérères étaient très proches de leurs «boss». Aujourd’hui, les personnes ressources ne peuvent plus soutenir leurs champions. Parce que ceux-ci ne partagent pas les mêmes écuries. Parfois même, ils luttent entre eux.
Mobilisation, intéressement des amateurs comme solutions
Ambroise Sarr n’est pas de cet avis. Mais en réalité, pour bénéficier d’un combat, les jeunes champions sérères doivent faire comme les autres lutteurs. C’est-à-dire accepter de mobiliser lors de leurs combats. Pour rentabiliser leur investissement, les promoteurs misent sur la mobilisation des athlètes qu’ils engagent. Et généralement les champions sérères ne mobilisent pas.
Maintenant, pour relever ce défi, ils doivent être très proches des amateurs de la lutte simple pour les convaincre à les suivre partout où ils doivent se produire. Aujourd’hui, Reug Reug n’est pas Sérère. Mais il a réussi à se faire aimer par les amateurs de la lutte sans frappe. Lors de ses combats, beaucoup de ces grands amateurs payent leurs tickets pour aller voir le spectacle de haute facture qu’il produit.
Il n’y a pas que cela. Ils doivent aussi avoir une base affective comme les autres grands noms de la lutte. Pour la plupart, les athlètes sérères habitent dans des quartiers où ils sont considérés comme des «étrangers». Ils ne parviennent dès lors pas à mobiliser leurs nouveaux quartiers lors de leur combat. Ce qui est un grand handicap. Pour le combler, ils doivent trouver les moyens de mettre à la disposition de leurs parents (au niveau de leurs villages) des voitures lors de leurs combats.
C’est ce que Yékini faisait et ça lui réussissait bien.
Abdoulaye DEMBÉLÉ























































