«Chronique du Frère soucieux» est une rubrique animée, tous les mercredis, sur demactu.com, par le chroniqueur Diamba Mané. Ce dernier cherche à éveiller les consciences des membres de la Oumma, à travers des rappels islamiques. Il met en lumière la réflexion personnelle et l’engagement dans la pratique de l’Islam. C’est une série de rappels et de réflexions qui visent à réveiller les cœurs des musulmans et à renouveler leur engagement dans l’adoration d’Allah à travers la lumière du Coran et de la Sunna. Aujourd’hui, la chronique parle de «Julaybib, l’étoile des cœurs oubliés».
« Il est de moi, et je suis de lui. » (Parole du Prophète au sujet de Julaybīb)
Dans notre monde façonné par les apparences, les diplômes prestigieux, les réseaux d’influence et les critères de beauté standardisée, combien sont ceux qu’on juge trop vite ? Trop petits, trop pauvres, trop laids, trop discrets, pas « du bon milieu », pas « du bon niveau ».
Et pourtant… Ces gens que la société relègue à la marge, Allah peut en faire les rois de l’au-delà.
Dans les lignes et entre lignes qui feront l’objet de notre chronique du jour, « La plume soucieuse » vous propose de découvrir un de ces éminents Compagnons venus d’ailleurs. Aujourd’hui, nous parlerons de Julaybib.
Chers frères, chères sœurs en la foi,
Dans les pages discrètes mais lumineuses de l’histoire islamique, le nom de Julaybīb brille comme un rappel puissant que la valeur d’un être humain ne se mesure ni à sa beauté, ni à son rang social, mais à la sincérité de sa foi et à la grandeur de son cœur. Ce compagnon méconnu du Prophète ﷺ incarne une leçon intemporelle : dans l’Islam, c’est auprès d’Allah que se joue la véritable noblesse.
Chers frères, chères sœurs en la foi,
Dans l’inconscient collectif, quand on évoque les noms de Bilal, Ammar, Salem…, la première chose qui vient à l’esprit, est qu’il s’agit de gens du petit peuple mecquois qui ont été sauvagement torturés par les mécréants Koraïches pour avoir embrassé l’Islam.
De pauvres esclaves démunis, sans soutien tribal ou clanique, auxquels on a fait subir les châtiments les plus cruels pour les forcer à renier leur foi dans le message de l’Islam.
Rarement, on mesure à sa juste valeur le rang éminemment élevé et l’aura qu’on leur a conférée, en pionniers, leur adhésion bénie au message divin de Muhammad.
Rarement, on se souvient des versets coraniques et des hadiths qui ont magnifié ces croyants de la première heure et les ont propulsés au firmament de la spiritualité, de la vertu et de la ferveur religieuse.
Rarement, on se souvient que le Prophète et ses califes leur ont donné la prééminence sur la quasi-totalité des autres Compagnons pourtant à la généalogie prestigieuse et dont certains, de surcroît, sont de proches parents du Messager d’Allah.
On a l’impression que le souvenir de ces monuments de l’Islam s’est quelque peu étiolé au fil du temps et qu’ils sont, c’est le moins qu’on puisse dire, relégués au second plan dans la mémoire collective.
En revanche, le souvenir de leurs compagnons est encore vivace. Est-ce parce qu’ils étaient issus d’une classe prétendument inférieure – ce qui est loin d’être une tare ? Peut-on, doit-on mesurer les mérites des Compagnons du Prophète à l’aune de leurs origines sociales ? Nullement.
Autant du vivant du Prophète, ils étaient respectés, honorés et parfois mêmes vénérés, au fil des siècles, les musulmans, consciemment ou non, semblent les confiner – non sans une admiration ambiguë – dans le statut clivant d’anciens esclaves qui ont bravé la mort pour conserver leur foi.
(…) Ces illustres Compagnons et protégés du Prophète doivent retrouver la place qui leur sied dans la mémoire collective. La seule place qui vaille, celle où les ont placés Allah et Son Prophète.
Chers frères, chères sœurs en la foi,
Julaybīb (qu’Allah l’agrée) en est l’un des plus éclatants symboles.
1. Un nom discret, un homme lumineux
Son nom n’est pas le plus souvent cité dans nos prêches ou nos cours. Et pour cause : Julaybīb était, dans le regard des hommes, un « insignifiant ».
Pas de lignée noble. Un physique disgracieux. Pas d’épouse. Pas de richesse. Pas de réseau. Rien… sinon un cœur immense, tourné vers Allah et Son Prophète (PSL).
2. L’amour prophétique, au-delà des critères sociaux
Alors que nul ne voulait donner sa fille à Julaybīb, le Prophète (PSL) lui chercha personnellement une épouse. Il s’adressa à une famille honorable, et leur proposa Julaybīb comme prétendant.
Surpris, voire choqués, les parents hésitèrent. Mais leur fille, pieuse et soumise à Allah, dit : « Accepterais-je de rejeter une demande venant du Messager d’Allah ? »
Et c’est ainsi que Julaybīb se maria — par la bénédiction du Prophète, et grâce à la foi sincère d’une femme courageuse.
3. Le sacrifice du discret, la gloire du martyr
Peu de temps après son mariage, Julaybīb participa à une bataille aux côtés du Prophète. Il y combattit avec bravoure, tua plusieurs ennemis, puis tomba en martyr.
Lorsque la bataille fut terminée, le Prophète demanda : « Où est Julaybīb ? » On le retrouva gisant, son épée encore serrée dans sa main.
Le Prophète s’agenouilla, le souleva dans ses bras, et dit en larmes : « Il est de moi, et je suis de lui. » Puis il l’enterra de ses propres mains.
4. Leçons pour notre époque : l’échelle d’Allah est différente
Julaybīb nous laisse un héritage immense, surtout pour cette société qui juge si vite, si mal, si froidement.
Voici ce que son histoire nous enseigne :
La noblesse ne vient pas du sang mais de la foi.
« Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. » (Sourate Al-Hujurat, 49 :13)
La vraie beauté est celle du cœur.
Le Prophète n’a jamais vu Julaybīb comme un rebut, mais comme une âme pure, un frère aimé, un homme de lumière.
L’invisible aux yeux des hommes peut être visible auprès d’Allah.
Combien dans nos quartiers, nos mosquées, nos universités, sont ignorés, mis à l’écart ? Mais Allah les voit. Il les honore. Julaybīb est la preuve.
L’amour prophétique est un rempart contre les discriminations.
L’Islam ne juge pas sur le teint, la taille, la richesse ou l’origine. L’Islam regarde le Taqwa : la piété, la sincérité, l’effort discret.
Et toi, qui ignores-tu autour de toi ?
Si Julaybīb vivait aujourd’hui, le remarquerions-nous ? Le mépriserions-nous ? L’éviterions-nous ? Ou verrions-nous en lui un ami d’Allah, un serviteur sincère, une âme rare ?
Et si Allah faisait partie de ceux qu’on dédaigne en public, mais qu’Il honore en privé ?
Le Prophète a dit : « Peut-être qu’un homme à la chevelure ébouriffée, couvert de poussière, qu’on repousse des portes, s’il jure par Allah, Allah exauce son serment. » (Muslim)
Julaybīb nous enseigne que l’étoile qui brille le plus fort n’est pas toujours celle qu’on voit le plus.
Qu’Allah nous purifie de nos préjugés. Qu’Il nous accorde un cœur comme celui de Julaybīb. Et qu’Il nous compte, un jour, parmi ceux dont le Prophète dira : « Il est de moi, et je suis de lui. »
Par Diamba MANÉ, la plume soucieuse !
























































