Karantaba célèbre, ce jeudi 16 mai, son Gamou annuel. Cette grande ferveur religieuse draine des milliers de talibés des profondeurs du Sénégal et de par le monde. Ce vif intérêt pour Karantaba est à l’aune de sa dignité de lieu saint du Pakao. En marge de la ferveur religieuse, Demactu fait un coup de projecteur sur ce foyer religieux le plus important de la communauté mandingue et de la Casamance.
L’histoire de Karantaba et de sa mosquée reste intimement liée à celle de son fondateur Fodé Khéribaa Dramé.
KARANTABA : LE FONDATEUR
Fodé Khéribaa Dramé est à la fois un érudit, un saint et un privilégié religieux. Ce saint homme serait originaire de Dramani situé au Soudan avec, à l’origine, un nom de famille « Drachme » qui mua en « Dramé ». Il fait partie de la seconde grande vague de migration, celle des croyants musulmans qui voulurent propager l’Islam ; la première grande vague étant celle des animistes qui quittèrent le Mali en direction de l’Ouest pour des raisons politique et économique.
KARANTABA : PERIPETIE D’UNE FONDATION
Même si nombre de sources orales évoquent Tilidji Karantaba comme point de chute d’exil en Casamance de Fodé Khéribaa Dramé, d’autres recherches contestent cette éventualité du fait que cette localité n’eut pas existé. Cependant, ce qui reste clair, c’est qu’il finira par fonder et rester à Tiliboo Karantaba (Souna Karantaba). De la recherche de ce qui sera de nos jours Karantaba à sa fondation, rien n’a relevé du hasard, bien au contraire ! Tout avait été téléguidé par une voyance éclairée. En d’autres termes, ce fut à la suite d’une indication divinatoire qu’il migra d’Ouest en Est à la conquête de la « terre promise ». Si pour une certaine tradition orale, bien ancrée dans le Pakao, il se serait, de prime abord, implanté avec sa caravane -composée de descendants et de talibés- pour la première fois à Boudhié Karantaba, localité qui pourrait être circonscrite entre les plaines de Bassaf et de Diatouma, pour une autre source, cependant, il avait plutôt comme terre d’accueil Tilidji Karantaba. Cette dernière thèse s’appuie sur un argument à orientation ternaire : géographique, logique et mystique, à l’image de Pakao sinkiir saboo (entendez les trois piliers du Pakao)! Les points cardinaux, Ouest et Est, qui s’écartent tout en s’appelant, correspondent logiquement aux sites versants « Tilidji » et « Tiliboo », à savoir le coucher et le lever du soleil, recoupant admirablement avec ces points géographiques avec, en prime, une force vitale du Pakao l’éternel ! Des sources précisent que c’est à la suite d’indications divinatoires qu’il choisit Tilidji Karantaba. C’est, également, dans le prolongement de ces indications clairvoyantes que le saint homme comprit qu’il fallût remonter le Pakao pour être à l’Est plutôt qu’à l’Ouest. Il prit la résolution d’aller à la rencontre de cette « terre promise ». Sa campagne pour « la conquête de l’Est » le conduit à Bambajong. Il fut reçu avec sa compagnie par un sage du nom de Bakhoumba. On raconte qu’il finit par comprendre qu’il fût dans l’approximation et qu’il fallût encore bien préciser. D’autres pratiques pénétrantes finirent par livrer le résultat avec une parfaite exactitude. Autrement dit, une géolocalisation clairvoyante paracheva la quête de l’endroit où il voulut s’implanter, avec une précision chirurgicale. In fine Fodé Khéribaa Dramé situa exactement là où il devrait enseigner le Coran. Ce sera sous Tabokoto (le kolatier, arbre emblème du village) ou sera finalement implantée son université, institut supérieur ou -de manière littérale- « là où les cours se font autour d’un foyer ardent », d’où le nom de Karantaba ! « Karantaba » renvoyant à trois concepts qui se tiennent liés saintement en triptyque : apprentissage (du Coran), foyer ardent et l’idée de grandeur (ascèse, élévation). Au demeurant, Karantaba, foyer religieux le plus important du Pakao, naquit des flancs de Bambajong. Si Karantaba est souvent associé à Souna, c’est qu’il fut partie de Souna, une de 7 provinces du Pakao qui couvrait les berges du fleuve de Sandiniéry à l’Ouest jusqu’à Karantaba, Finistère à l’Est.
KARANTABA : LE GAMOU ANNUEL

Les fidèles célèbrent -en annualité- le gamou de Karantaba depuis le 2 mai 1976. Celui de cette année est le 48e de rang ! Ce gamou draine des pèlerins venus de partout. Des fidèles viennent se recueillir dans une retraite spirituelle. Certains viennent solliciter des prières, d’autres cherchent des marabouts capables d’influer sur leur destin jaloux. En clair, nombreux viennent à Souna Karantaba pour prendre une certaine revanche sur leur vie, voire espérer un avenir désormais meilleur.
Le Gamou de Karantaba constitue une véritable économie religieuse de par les moyens mobilisés et les échanges commerciaux entre Sénégalais, Gambiens, Guinéens, Maliens, la diaspora…
KARANTABA : LA GRANDE MOSQUÉE
La mosquée de Karantaba figure en bonne place sur la liste des sites et monuments historiques classés par arrêté ministériel numéro 8836 MCPHC-DPC, en date du 12 sept 2007. Toutefois, si la mosquée de Karantaba est restée célèbre, ce n’est nullement pour cette reconnaissance administrative. C’est, surtout, grâce à son statut de haut-lieu de dévotion aux vertus multiples. Aussi, la grandeur de la mosquée de Karantaba est surtout à chercher dans sa piété de lieu saint, d’une certaine mysticité qu’un quelconque aspect physique. Cette mosquée -riche en histoire et en grâces- fait partie des 25 premières mosquées du Pakao. Une tradition orale défend son antériorité devant toutes les autres mosquées du Sénégal et une bonne partie de la sous-région. Selon des sources concordantes, cet impressionnant édifice religieux est construit en 1289 ! Difficile -voire, impossible- de remonter plus loin pour trouver les traces d’une mosquée au Sénégal. C’est Fodé Khéribaa Dramé, fondateur du village saint qui a été également le promoteur de la mosquée. On raconte encore dans le village qu’il avait été assisté de collatéraux tel Mandjanko Dramé et de son chambellan Mansa Niaama.
Comme le sacré et le savoir sont saintement liés, la mosquée fut un lieu d’apprentissage du Coran et de savoirs. Le cursus n’avait rien à envier aux universités. Des grades ou diplômes du système LMD, tels licence, maitrise, doctorat et leur consécration l’agrégation, trouvaient leurs équivalents en « Afang », « kang », « Laalimoo » et « Fodé ». Même si cette gradation ne fut pas une singularité de l’université de Karantaba, tout compte fait, elle s’appliquait dans plusieurs foyers religieux du Pakao.
Bon Gamou à tous les pèlerins ! Que le Bon Dieu exauce toutes les prières !
Par Ibrahima Diakhaté Makama
























































