Après la ferveur religieuse et le recueillement de deux jours successifs et d’années qui se suivent, l’une « clôturale » et l’autre inaugurale, les rideaux sont tombés, ce jour de l’an, sur l’édition 2025 de la « Prière des deux rakkats » à Sédhiou, sous la direction de Serigne Pathé Kébé. Après les festivités cultuelles et culturelles, le Khalife général du nabisme a reçu Ibrahima Diakhaté Makama. Un échange riche en idées qui prouve que le nabisme est un humanisme. Il nous livre, ici, la quintessence de leur entretien.
Le nabisme ou la foi au service du bien-être
C’est un Serigne Pathé Kébé très en verve que nous avons trouvé dans sa cour, entouré de ses chambellans. De prime abord, il m’adresse un avertissement sans appel : « Toi, tu pourras comprendre ! Tu sauras élever ton esprit à la dimension de mes idées ! ». Cette sorte de mise en demeure idéelle nous oblige alors à mobiliser, encore plus, toutes nos facultés pour mieux l’écouter, en vue d’une analyse de ses doctes propos.
Sa première démonstration est de prouver que religion ne rime pas avec indigence, bien au contraire ! Ce qui est remarquable, dès lors, il ne sera nulle question de vivre dans la pauvreté. Pour Serigne Pathé Kébé (SPK), la pratique religieuse ne fait pas bon ménage avec faim, saleté, précarité, et autres misères qui contribuent à dégrader le genre homme. Selon lui, l’être humain doit trouver son plein épanouissement dans l’exercice de la foi. Puis, il cherche une validation religieuse de sa thèse : « Dieu n’a-t-il pas dit : « lakhat karamna bani Adama » ? » (NDLR : Dieu a anobli le fils d’Adan). Il renchérit : « Si tel est le cas, il est clair que nous sommes plus importants que toute autre chose ». Pour preuve, il étaye sa thèse en l’illustrant par la Mecque. Le khalife du nabisme attire l’attention sur l’envol de ce lieu saint du fait de la richesse et non de la pauvreté ou autres dégradations sociales. Également, montre-t-il que cette ville sainte ne s’est pas développée du fait des retombées du pétrole. Pour lui, c’est surtout par le travail acharné des fidèles qui y ont consacré leur force et dans une très large mesure. Pour lui, ce travail acharné a produit des résultats qui valorisent la ville sainte. À partir de ce moment, il y aura, selon lui, un rush vers la Mecque. « Si la Mecque constitue un horizon lointain pour réaliser et comprendre, il faudra prendre Touba et Tivaouane, en exemple, pour en avoir le cœur net ! », tient-il à préciser. Le tourisme religieux est l’aboutissement de grands investissements, impactant dans une très large mesure leur essor économique ; ce qui octroie à ces populations un certain bonheur, d’où, à son entendement, une pratique religieuse hédoniste !

Le nabisme : une pratique religieuse hédoniste
Pour le khalife du nabisme, l’homme est un être en quête de bonheur terrestre avant celui céleste. En ce qui le concerne, cette quête du bonheur peut bien coïncider avec la pratique religieuse. Pour ce faire, argue-t-il, il faut briser tous les chainons culturels ou cultuels qui empêchent l’être humain de se réaliser, à vrai dire. Mais, là où il surprend l’auditoire, c’est quand il désigne la culture surdimensionnée comme un frein à la réalisation du bonheur. Il explique qu’il y a « une prépondérance de l’homme sur sa culture qui est le fruit de sa création et non le contraire ». Si, dans la pensée de SPK, la culture est une création de l’homme et, en ce sens, comment la créature peut-elle être plus importante que le créateur ? C’est en ce sens qu’il trouve insensé de « vouloir faire vivre la culture ». En d’autres termes, il faut désormais un changement de perception vis-à-vis de la culture ! Il faut qu’on arrête de dire des choses comme « défendons notre culture ! ». Pour sa part, il est arrivé le moment où la culture doit défendre l’homme, c’est-à-dire, lui permettre de réaliser le mieux-vivre. Il estime avec force que c’est une idée dénuée de sens que de dire « nous devons faire vivre notre culture ! ». S’adressant à ses « beukk neek » (chambellans), il lança tout de go : « il faut arrêter de voir les choses de cette manière ! Nous sommes plus sacrés que la culture ! ».
Cette manière de voir du khalife du nabisme peut être arrimée à une perspective philosophique que Karl Marx appelle sous sa plume « le fétichisme ». Autrement dit, c’est une situation où l’homme devient esclave, voire victime de sa propre création. Dans le champ doctrinaire de SPK, la culture n’est qu’un instrument pour la conquête du bonheur et, de ce point de vue, ne saurait virer en obstacle pour l’atteinte du bonheur dans le cadre strict de l’exercice de la foi. Ce cheminement de la pensée de SPK désigne une certaine démarche hédoniste – chère à Aristippe – en ce sens, il édicte la quête du plaisir et l’évitement des souffrances. S’il en est ainsi, on verra que SPK a opéré un renversement dans l’ordre de perception de la culture ! Ce changement de paradigme va heurter les mentalités pour un changement de comportement.
Agir sur les mentalités pour un changement de comportement
Le problème de nos populations, en général, et des jeunes, en particulier, est bien la problématique d’un certain blocage psychologique, constate SPK. Pour le khalife du Pakao : « tout se passe dans la tête ! ». C’est, pour cette raison, estime-t-il, qu’il cherche à créer un déclic mental. Sous ce rapport, l’élément déclencheur doit être l’éveil des consciences. L’opération consiste à chercher à extirper en eux la paresse, la facilité, le conformisme. Pour y parvenir, il faut donc agir sur les mentalités pour espérer engranger des résultats, seuls gages de succès ! Serigne Pathé Kébé a donc décelé le mal et se propose de heurter les consciences pour qu’elles regardent dans le bon sens. C’est à ce prix que les hommes ont de la valeur, une valeur qui se mesure à l’aune de son utilité sociale !
La valeur d’un homme se mesure par son degré d’utilité sociale
Pour le jeune khalife, les diplômes, la richesse, le grade, la profession et autres attributs sociétaux ne qualifient pas à la juste dimension l’homme. Pour lui, ce qui fait la valeur d’un homme, c’est plutôt son degré d’utilité sociale. Il passe en revue certains critères généralement admis dans le milieu social. C’est dans cet ordre d’idées qu’il procède par élimination. Il indique qu’un intellectuel, le plus diplômé soit-il, s’il n’impacte pas positivement sa société en tirant la parole par le haut, alors il n’a aucune utilité sociale. De la même manière, un riche qui ne fait pas bénéficier ses biens aux proches, collatéraux ou voisins, ne participe pas à la lutte contre la paupérisation généralisée et, par conséquent, est un être vaniteux qui vit à part ! On pourrait dire en autant du travailleur dont l’action n’intervient pas dans le progrès social. Toutes raisons qui font que le jeune khalife estime qu’un être social doit agir positivement sur son environnement et le cadre de vie.
Le nabisme : une philosophie de l’environnement et de cadre de vie
Si un leader d’opinion s’est beaucoup illustré – au début des années 2000 – par ses actions en faveur d’un cadre de vie propice au bien-être, c’est bien Serigne Pathé Kébé ! « J’aime un cadre de vie sain ; la propreté est mon crédo !», s’est-il écrié ! En projetant de vivre dans un cadre sain, SPK a toujours mobilisé son énergie et celle des talibés pour un cadre de vie sain. Cette quête du bien-être le pousse à organiser des actions prophylactiques de grandes envergures. Nombreux sont les Sédhiouois qui sont témoins de ses actions contre l’insalubrité : des montagnes d’immondices furent déplacées loin des habitations, de gros arbres qui barraient le passage ensevelis, des tas de ferraille acheminés hors d’état de nuire, des hectares d’herbes binés…
En écoutant SPK, on réalise qu’il porte un regard neuf sur la pratique religieuse. En systématisant sa pensée religieuse, on ne peut s’empêcher de reconnaître que le nabisme est un humanisme !
Ibrahima Diakhaté Makama



























































