Malick Mbaye, connu sous le sobriquet de Super Diamono, est un ancien pensionnaire de l’écurie Rock Énergie des Parcelles assainies. Le lutteur vit en Italie depuis plusieurs années. Il a accepté de se confier à Demactu.
Entretien.
Pourquoi vous avez quitté le pays et l’arène pour vous établir en Italie ?
Lorsque j’étais un lutteur en activité, vous faisiez partie de ceux qui nous ont accompagnés et qui ne cessaient de nous prodiguer de précieux conseils. Je saisis cette occasion pour remercier tous les journalistes sénégalais, notamment ceux qui sont dans le milieu de la lutte sénégalaise. Avant mon combat contre Ameth Dème (le 22 mai 2011), j’avais obtenu un visa pour l’Italie. On avait fait un petit séjour ici. C’était en compagnie de mon coach technique, Pape Mbaye, le président des amateurs, Doudou Diagne Diécko, mes coéquipiers Van Damme, Mitrailleuse… C’était à l’occasion d’un tournoi de lutte gréco-romaine. Mais lors de cette compétition, j’avais senti des douleurs au niveau de mon bras. Par la suite, j’ai fait une visite médicale. Mon médecin-traitant avait décelé une vieille blessure au bras. Il m’avait signifié que cette blessure était ancienne de deux ans. C’est là que j’ai réalisé que c’était lors de mon combat contre Mbaye Guèye Jr que j’avais contracté une blessure au bras. Par la suite, je suis resté ici, en Italie, pour me soigner. Entre-temps, mon visa a expiré. C’est à partir de là que j’ai décidé de rester ici pour mener une autre vie.
En quittant le Sénégal, vous l’aviez fait par quel moyen : avion, bateau… ?
On avait fait le voyage par avion. Cela, après avoir obtenu un visa pour venir participer à une compétition de lutte gréco-romaine en Italie.
Comment aviez-vous vécu vos premiers jours en Europe ?
J’avoue que ça n’a pas été facile. Le premier handicap auquel j’ai été confronté, c’est que je ne comprenais pas la langue locale : l’italien. Donc, il m’était difficile de communiquer avec les Italiens. Mais au fil des années, je suis parvenu à bien parler la langue italienne. Aujourd’hui, je ne me débrouille pas mal.
Quelles autres difficultés aviez-vous fait face ?
Mes difficultés n’avaient pas trop duré. J’avais trouvé un job dans la sécurité. Je sécurise des stars comme Jean Claude Van Damme, ainsi que de très célèbres footballeurs. Aussi, j’ai connu des partenaires qui sont des acteurs de cinéma. C’est ainsi que j’ai été coopté pour jouer des films avec eux. En dehors de ce job de sécurité, j’entraîne des Toubabs de tous âges. Cela est devenu ma spécialité. J’en suis très expérimenté. Donc, c’est un boulot que je peux exporter au Sénégal pour bien servir mon pays.
Comment avez-vous réussi à vous intégrer parmi les Blancs ?
Lorsque je suis venu ici, j’ai été hébergé par des voisins des Parcelles assainies. Ils m’avaient bien entretenu. Au départ, j’étais venu pour m’entraîner et rentrer au Sénégal, histoire de continuer ma carrière de lutteur. Mes amis m’avaient alors inscrit dans une salle de sport afin que je puisse bien m’y entraîner. Quelques semaines après, ils m’ont suggéré de rester pour travailler et gagner ma vie. C’est le lieu de les remercier. Je veux nommer Fokk, Bayakh, Babacar et son épouse qui est une blanche. Nous entretenons de très belles relations jusqu’à présent.
Selon vous, qu’est-ce qui a souri à votre ancien coéquipier, Modou Lô, et qui ne vous avait pas réussi ?
Permettez-moi d’abord de féliciter Modou (Lô). Il est l’actuel Roi des arènes et le mérite amplement. C’est un champion qui a toujours été courageux. Les chances de Modou Lô, c’est qu’il avait un encadrement personnel qui s’est toujours investi dans sa carrière. L’écurie Rock Énergie a toujours eu de vrais et bons champions. Mais, nous n’avions pas eu de grands soutiens. Seul notre coach, Pape Mbaye, mettait tout le monde au même niveau. Sinon, nos autres encadreurs favorisaient certains athlètes au détriment des autres. Cela nous avait beaucoup pénalisés. Modou Lô a su surmonter tous les obstacles, à l’époque. Car, il avait deux staffs : celui familial et celui de l’écurie. Cette organisation personnelle lui a permis d’arriver au sommet et aujourd’hui de devenir Roi des arènes.
Lequel de vos combats vous avait procuré le plus de joie ?

Le combat qui m’a le plus procuré de joie, c’était contre Jordan de Pikine (le 2 décembre 2006). Un affrontement qui a été organisé par la promotrice Ndèye Ndiaye Tyson. Mon adversaire était de Pikine et le combat a été organisé au stade Alassane Djigo de Pikine. Même le parrain était un Pikinois. J’avais réussi à battre proprement et avec la manière Jordan dans son propre fief. En ce moment-là, Jordan pesait plus de 110 kilos. Moi, je pesais moins de 100 kilos. C’était le premier grand combat de ma carrière. Lors de cette sortie, j’avais réalisé une très belle prouesse technique.
Y-a-t-il un combat que vous avez perdu pour avoir été mystiquement atteint ?
C’est le combat que j’avais perdu contre Yékini Jr (le 7 juin 2009). Il a été ma plus grosse déception dans l’arène. Un lutteur peut perdre un combat, mais il ne doit pas être humilié (NDLR : il a été mis KO par Yékini Jr). C’est la première fois que je parle de la déception que j’avais vécue lors de cet affrontement. J’avais un marabout qui priait pour moi. J’ai appris après que c’était le marabout de Yékini Jr et qu’ils collaboraient depuis assez longtemps. Mais, je n’en savais rien. Je peux alors avouer que j’avais perdu ce combat pour des raisons mystiques.
Peut-on savoir si vous continuez à suivre les activités de la lutte sénégalaise ?
Je ne suis plus trop la lutte sénégalaise. Mais, lors des grosses affiches, il m’arrive de me mettre devant mon poste téléviseur pour suivre. Seulement, ce n’est pas de façon régulière.
Quelles sont les qualités que vous notez chez Modou Lô ?
Modou Lô est un athlète qui respecte ses entraînements. Il est très courageux et a toujours été ambitieux. Dans l’enceinte, Modou Lô montre un visage différent. À chaque fois qu’il est en face de l’adversaire, il reste un vrai lion. Il ne se fait aucun souci. Il se concentre sur son sujet. Bref, Modou Lô est un exemple pour les jeunes lutteurs.
Balla Gaye 2, qui a terrassé Modou Lô à deux reprises. Quelle lecture en faites-vous ?
Balla Gaye 2 est un lutteur complet. Il se saisit tout le temps de ses adversaires pour les manœuvrer et les terrasser. Sa façon d’aborder ses combats n’arrangent pas Modou Lô. Sinon, je peux faire remarquer qu’ils sont deux athlètes qui luttent de la même façon. Et, à chaque fois que Modou Lô affronte le fils de Double Less, il privilégie des actions par le bas. Balla Gaye 2 ne lui facilite jamais la tâche. Le Lion de Guédiawaye a l’avantage de son allonge. Pour que Modou Lô prenne un jour le dessus sur Balla Gaye 2, il doit d’abord opter pour un combat à distance, placer des coups avec méthode et éviter très tôt l’accrochage. C’est risqué d’en être aux prises avec Balla Gaye 2 dès le coup d’envoi. Le frère de Sa Thiès mime tout le temps une attaque pour amener Modou Lô à en faire autant. Il le fait dans le but d’obtenir l’accrochage. Et à chaque fois qu’ils en arrivent aux prises, le leader de l’école Balla Gaye joue sur ses longs bras pour dérouler son plan technique et se tirer d’affaire. Cela rend la mission compliquée pour Modou Lô.
Modou Lô peut-il avoir des chances de battre Balla Gaye 2 en cas de troisième affrontement ?
Modou Lô connaît bien maintenant Balla Gaye 2 et maîtrise sa façon de lutter. Après deux confrontations, il sait maintenant comment battre Balla Gaye 2. Il est le Roi des arènes. Il a mûri et gagné en expérience. Modou Lô est un vrai champion. Il perd souvent à cause de sa fougue de jeunesse. Je demeure convaincu que s’ils s’affrontent une troisième fois, il aura des chances énormes de terrasser Balla Gaye 2. D’ailleurs, leur troisième confrontation serait très logique. Modou Lô, qui est actuellement le Roi des arènes, n’a donc plus rien à prouver. Balla Gaye 2 est à la reconquête de la couronne. Un troisième duel entre Modou Lô et Balla Gaye 2 serait très électrique. Je ne sais pas s’il aura effectivement lieu puisque Modou Lô avait signifiait qu’il ne va plus livrer de combat revanche. Ce que je peux avouer, c’est le Roc des Parcelles est techniquement très doué. Mais, s’ils doivent se croiser une troisième fois, Modou Lô pourrait se tirer d’affaire. Il doit pouvoir décrypter les failles de Balla Gaye 2 et les exploiter à bon escient. Pour battre Balla Gaye 2, il faut avoir le courage de le défier. Tout lutteur, qui a peur de Balla Gaye 2, ne pourra jamais le battre. Leur troisième duel est possible. Modou aura besoin d’une bonne préparation pour tirer son épingle du jeu, en cas de troisième explication avec Balla Gaye 2. Cela, à tous les niveaux.
Pouvez-vous expliquer pourquoi Balla Gaye 2 a perdu deux fois face à Eumeu Sène ?
À chaque fois que Balla Gaye 2 lutte avec Eumeu Sène, il lui prête trop attention. Il réussit face à Modou Lô, parce qu’il ne le calcule pas. En calculant Eumeu Sène, le coéquipier d’Elton doute. Balla Gaye 2 cherche toujours à humilier Eumeu Sène, ce qui ne sera jamais facile. Le Fou de Tay Shinger est fort dans les pieds. Il est très difficile de l’humilier. C’est la raison pour laquelle Balla Gaye 2 ne s’en sort pas face à Eumeu Sène.
Mitrailleuse, Dolf, Talla Gaïndé et vous, avez tous quitté le pays à la même période. Est-ce que c’était pour des raisons mystiques ?
Je n’ai jamais imaginé que Modou Lô nous a maraboutés. Le seul problème, c’est que nous n’avions pas été bien soutenus par nos encadreurs de Rock Énergie. Certains se mettaient en groupe pour parler du mal des autres. J’étais quelqu’un qui ne fréquentais pas trop Modou Lô. J’étais très réservé. Cela avait un peu intrigué certaines personnes. Mais, je ne lui ai jamais souhaité du mal. Je croyais en moi et je privilégiais mes entraînements. Mais, Modou Lô avait des supporters qui le mettaient parfois en mal avec certains de ses coéquipiers. Ils lui faisaient croire que si quelqu’un ne le fréquente pas, c’est qu’il l’enviait. Cela n’a jamais été mon cas. Modou savait qui je suis. Je me suis plusieurs fois investi lors de ses combats pour qu’il obtienne la victoire.
Entre Baboye, Tyson, Yékini, Tapha Guèye, et Bombardier qui doit être la vraie référence ?
Chacun lutteur a des qualités qui plaisaient. Tyson avait du charisme. C’était un lutteur qui avait de la classe. Yékini était un lutteur sérieux, technique et très charismatique. C’était un lutteur très complet. Tapha Guèye avait des qualités techniques énormes. Je crois que la vraie référence, c’était Yakhya Diop Yékini. Il prenait tout au sérieux. Lorsque j’étais au Sénégal, je n’ai jamais rencontré Yékini dans la rue ou dans un endroit quelconque. Il était très rangé.
Avez-vous une épouse maintenant ?
Oui, je me suis marié en Italie. J’ai épousé une Italienne qui se nomme Roberta Grazie.
Entretien réalisé par Abdoulaye DEMBÉLÉ
























































