Mame Gorgui Ndiaye (149 combats, 101 victoires, 26 matchs nuls et 22 défaites), a tiré sa révérence le vendredi 9 février 2024, chez lui, à Fass, à l’âge de 85 ans.
Le défunt a débuté sa carrière en 1956. C’est en 1983 qu’il a définitivement pris sa retraite.
Débuts de sa carrière
Mame Gorgui Ndiaye et la lutte : une histoire très singulière. Adolescent, il fréquentait un grand-place à la Gueule Tapée. Le défunt lutteur de Fass y retrouvait des amis, Djabel Mbaye, Bakary Sarr entre autres. Comme tous les lieux de rencontre du genre, leur grand-place était souvent très animé avec des débats par moments très houleux. Dans une sérieuse altercation verbale, le seul lutteur du groupe du nom de Djiby Ndiaye avait menacé publiquement Mame Gorgui. Très surpris et vexé, iln’avait pipé mot. Il était resté très calme, alors que tout son intérieur brûlait de colère. Le dimanche suivant, Mame Gorgui Ndiaye s’est rendu à l’arène avec son pote Djabel. Comme les combats se déroulaient sans préséance, les organisateurs avaient mis aux prises, dans un combat très passionnant, Mame Gorgui Ndiaye et son humiliateur, celui qui l’avait blessé au cœur, Djiby Ndiaye. Même s’il se savait débutant dans le métier, Mame Gorgui n’avait pas paniqué. Il s’était convaincu que c’était bien «un jeu de guerriers» qui n’avait point besoin de froussard. Il avait finalement gagné le combat en battant son rival de fort belle manière aux Arènes sénégalaises. «Je peux dire que c’est grâce à Djiby Ndiaye que je suis devenu lutteur. Il habitait à la Médina, à la rue 6 exactement», se glorifiait-il, de son vivant.
La victoire sur Djiby Ndiaye le conduit à l’écurie Fass
Dans les années 50, le pays ne comptait pas beaucoup de champions de lutte. Dans chaque quartier de Dakar, les quelques lutteurs étaient des types pas ordinaires et tous les jeunes les adoraient énormément.
À Fass, il y avait un aîné de Mame Gorgui Ndiaye qui s’appelait Birahim Fall, plus connu sous le sobriquet de Boy Nar Fall. C’est par l’intercession de ce dernier que l’Enfant chéri de Dakar était devenu pensionnaire de l’écurie Fass. «Il me disait que je devais venir à Fass. Quand j’ai réussi à battre Djiby Ndiaye, il était plus que convaincu de mes qualités de lutteur et avait trouvé le contexte très favorable pour que je devienne ce lutteur dont il avait très tôt détecté le talent. Boy Nar Fall était ébloui par mon succès. Et m’avait souri : «La façon dont tu as combattu est extraordinaire, je ne vois pas meilleur que toi».
Mame Gorgui Ndiaye, Boy Nar Fall, et Saliou Mbaye dit Faga n°1 faisaient partie des premiers sociétaires de l’écurie Fass.
Le premier combat de Mame Gorgui Ndiaye fut contre Robert Diouf. De son vivant, il avouait que ce « fut le combat le plus intense et pénible de sa carrière ». Il a terrassé Moussa Diamé, Boy Bambara (par KO), Yamou Sarr, Doudou Baka Sarr, Robert Diouf (Mouhamed Ndiaye), Boy Pambal, etc. Double Less fait partie de ses rares bourreaux.
Il finira par réaliser un excellent parcours de cent quarante-neuf (149) combats, vingt-six (26) nuls, vingt-deux (22) défaites et cent-une (101) victoires.
75 FCFA, son premier cachet en 1956
Aujourd’hui, les cachets connaissent une ascension démesurée dans l’arène. On est bien loin du temps où les rémunérations de lutteurs se chiffraient à des centaines de milliers de nos francs. Mame Gorgui Ndiaye, ancien lutteur de Fass et de la lutte, a beaucoup galéré pour brasser après des centaines de milliers de francs. Son premier cachet était de 75 FCFA en 1956. Les choses avaient évolué pour lui puisqu’il avait croisé Double Less pour un cachet de 900.000 FCFA. À cette époque, c’était une forte somme d’argent.
L’histoire de son surnom «Enfant chéri de Dakar»
Il est tellement beau d’avoir un sobriquet qui est positivement plein de sens, qui fascine tout le monde. Mame Gorgui a eu cette grande chance.
Sonsobriquet lui avait été attribué par le journaliste émérite feu Alassane Ndiaye Allou de la RTS. C’était le premier reporter reconnu, dans quasiment toutes les disciplines sportives au Sénégal. C’est bien cet homme de média, respecté pour sa sagesse et craint pour son objectivité et sa clairvoyance dans l’analyse, qui lui avait flanqué le surnom féérique de «Mame Gorgui Ndiaye, l’Enfant chéri de Dakar». C’était dans ses années de gloire.
Président Senghor : «Mame Gorgui Ndiaye à la fois athlète, poète et danseur»
Les espions de l’histoire n’ont rien caché de toute l’odyssée de ce vaillant champion qui a rendu l’âme vendredi 9 février 2024, chez lui, à Fass. Mais parfois, comme si c’était calculé à dessein pour que ses belles œuvres ne soient pas enterrées au même titre que lui, dès sa mort, il trouvait des occasions franches pour parler de lui. «Je vous rappelle l’anecdote du Président Léopold Sédar Senghor qui voulait que j’anime la séance de bakk pour montrer un pan de notre culture à son hôte Habib Bourguiba. J’avais chanté en français, avec des louanges ponctuées à l’adresse de Bourguiba (NDLR : Homme d’État tunisien, président de la République entre 1957 et 1987) et au Président Senghor lui-même. Fantasmé par mon talent, l’homme de culture affirmait avec fierté que Mame Gorgui Ndiaye était à la fois athlète, poète et danseur», révélait l’ancien de Fass, la poitrine haletante de bonheur. En le racontant, il était lourd de nostalgie !
Maître inégalable des bakk (poèmes déclamés)

Un lutteur peut à la fois donner des coups et recourir au corps à corps pour terrasser son adversaire. En plus de sa dimension sportive, la lutte intègre une dimension culturelle et folklorique (bakk). Elle met en œuvre, au travers d’animations, la tradition culturelle sénégalaise. Dans ce domaine, Mame Gorgui n’avait pas d’égal et n’en aura certainement jamais. Même si on a connu d’autres maîtres dans les bakk, comme son ancien ami et frère feu Boy Bambara, mais aussi le défunt Pape Kane de Thiaroye.
En effet, Mame Gorgui Ndiaye était d’une éloquence peu commune et d’une créativité artistique exceptionnelle. Tout cela, on le sentait gaiement dans ses bakk. C’était toujours un grand plaisir de le voir fredonner des bakk pour électriser les amateurs de lutte.
Aujourd’hui, des lutteurs des temps modernes comme Tapha Guèye 2, Lansana Cissé, Pape Ndoye essaient de perpétuer l’héritage de Mame Gorgui Ndiaye dans les bakk. Même s’ils arrivent à capter l’attention, il est pertinent de dire qu’il sera difficile pour eux d’égaler l’artiste Mame Gorgui Ndiaye.
L’Enfant chéri de Dakar a été inhumé, samedi 10 février 2024, au cimetière de Yoff. Que son âme repose en paix !
Par Abdoulaye DEMBÉLÉ
























































