Directeur général du Fonds africain de Garantie et de Coopération économique (FAGACE), Dr Ngueto Tiraïna Yambaye était récemment à Dakar pour un séjour d’affaires. À cette occasion, l’expert financier a accordé une interview à Demactu, au cours de laquelle il revient sur la mission du FAGACE, son rôle dans le financement des économies africaines et l’importance stratégique du Sénégal comme hub régional.
Est-ce que vous pouvez vous présenter ?
Merci beaucoup. Je m’appelle Dr Ngueto Thiraina Yambaye. Je suis économiste et ingénieur financier, et directeur général du Fonds africain de garantie et de coopération économique (FAGACE), dont le siège est à Cotonou, au Bénin. Nous disposons de bureaux de représentation partout en Afrique, dont le dernier a été ouvert en 2025, ici à Dakar, au Sénégal, pour couvrir l’Afrique de l’Ouest. Ce bureau s’appelle la Représentation régionale pour l’Afrique de l’Ouest, basée à Dakar.
Pourquoi avez-vous ciblé Dakar pour ce bureau ?
Dans notre plan stratégique, qui arrive à terme le 31 décembre 2025, nous avons fait le choix d’opérations de proximité. Nous sommes une institution multilatérale chargée de financer le développement accéléré du continent africain.
Le FAGACE a pratiquement 50 ans. Le Conseil des gouverneurs, qui est le Conseil des ministres du FAGACE, a instruit le directeur général que je suis afin de rendre l’institution mieux connue du monde africain et plus accessible dans ses services. Pour rester proches des États, du secteur privé et du secteur bancaire, nous sommes installés dans six zones monétaires en Afrique, avec trois bureaux de représentation. Dans chaque pays, nous disposons également d’un bureau d’information et de liaison.
Le FAGACE offre un service de proximité à tous les États membres, notamment au secteur privé, au secteur bancaire et aux marchés financiers, afin que la garantie financière que nous offrons permette aux porteurs de projets d’accéder rapidement aux crédits bancaires pour leurs investissements. Le FAGACE compte quatorze pays membres actifs. Une dizaine de nouveaux adhérents sont en cours d’intégration et seront bientôt opérationnels.
Les membres actifs ayant libéré leur capital sont au nombre de quatorze. Ils couvrent la zone UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine), la zone CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale), ainsi que la République islamique de Mauritanie et la République du Rwanda. Je rappelle que le FAGACE a été créé le 10 février 1977 à Kigali, au Rwanda, par les chefs d’État et de gouvernement des pays de l’OCAM (Organisation commune africaine et malgache).
À l’origine, le FAGACE s’appelait le Fonds de coopération de l’OCAM. À la dissolution de l’OCAM à Lomé en 1984, il a changé de dénomination pour devenir le Fonds africain de garantie et de coopération économique. C’est une institution multilatérale appartenant aux États, mais dont 30 % du capital est destiné aux institutions non étatiques et aux pays non africains. Les États fondateurs ont souscrit au capital du FAGACE selon leur puissance financière et économique. Seize États libèrent 25 % de ce capital pour permettre le fonctionnement de l’institution, tandis que les 75 % restants constituent une garantie mobilisable en cas de besoin.
Les capitaux libérés permettent au FAGACE de soutenir en priorité le secteur privé et le secteur bancaire. Aujourd’hui, si vous décidez, en tant qu’homme de presse, de créer un groupe de presse nécessitant un financement d’un milliard de francs CFA, le FAGACE peut garantir 50 % du montant. En cas de difficulté de remboursement, nous prenons en charge 50 % du risque.
Lorsque le FAGACE apporte sa garantie, les risques sont réduits de moitié, ce qui facilite l’octroi de crédits par les banques. Nous finançons également le commerce international, notamment à travers les SBLC (Stand-By Letters of Credit), qui permettent aux opérateurs africains d’importer et d’exporter. Voilà notre mission en tant qu’institution multilatérale publique des États africains.

Quels sont les critères pour financer le secteur privé ?
Nous disposons d’un mode opératoire précis, basé sur des politiques, des stratégies et des procédures opérationnelles. Par exemple, au Sénégal, nous avons soutenu le financement de l’économie à travers des garanties accordées à l’Université Cheikh Anta Diop, à l’Université Amadou Mahtar Mbow, ainsi qu’au financement des cités Claudel.
Lorsqu’un État ou un opérateur privé sollicite un financement, nous intervenons via une banque ou par le levier des marchés financiers. Nous travaillons étroitement avec la BRVM (Bourse régionale des valeurs mobilières), basée à Abidjan. Pour les financements bancaires, nous garantissons à hauteur de 50 %. En revanche, sur le marché financier, la garantie peut aller jusqu’à 100 %.
Existe-t-il un plafond de garantie au FAGACE ?
Pas du tout. En tant qu’institution multilatérale, nous pouvons accompagner des financements très importants. Certains pays nous sollicitent jusqu’à 500 milliards de francs CFA. Dans ces cas, nous nous faisons re-garantir par des institutions financières internationales notées triple A afin d’accompagner efficacement le financement.
Notre rôle, en tant que fonds de garantie multilatérale, est d’être utile aux économies africaines. Le défi est de comprendre pourquoi des économies reconnues comme riches ou très riches ne sont pas suffisamment financées. Le FAGACE agit comme une certification de confiance pour atténuer les risques et changer la perception du risque en Afrique.
Le continent africain présente un taux de rentabilité des investissements supérieur aux taux d’intérêt, à condition de bien connaître le marché. C’est pourquoi le FAGACE conseille également les investisseurs sur les meilleures stratégies d’investissement en Afrique.
Travaillez-vous avec des institutions internationales comme le FMI ?
Nous entretenons un dialogue permanent avec les institutions de Bretton Woods, notamment la Banque mondiale et le FMI, ainsi qu’avec la Banque africaine de développement. Nous échangeons régulièrement afin de coordonner nos actions. Nous travaillons également avec des institutions chinoises qui viennent nous rendre visite.
Notre ambition est de contribuer à la mise en place d’une nouvelle architecture financière africaine, fondée sur la complémentarité entre les institutions du continent.
Dans un contexte de difficultés financières d’un État, le FAGACE peut-il jouer un rôle ?
Absolument. Le FAGACE est une force de proposition et de solution. Lorsqu’un problème semble insoluble, c’est souvent qu’il a été mal posé. Nous avons créé l’Institut du FAGACE, un centre d’excellence et un think tank dédié à la réflexion sur le financement du développement africain.
Nous accompagnons les États, le secteur privé et le secteur bancaire par une assistance technique et des programmes de renforcement des capacités. Le développement de l’Afrique n’est pas un problème de manque d’argent, mais de compétences et d’expertise.
Concernant le Sénégal, qui dispose d’un capital humain de grande qualité, les solutions existent. Le FAGACE a toujours accompagné l’État et les acteurs privés sénégalais. Nous avons d’ailleurs soutenu des projets structurants comme l’UCAD et les cités universitaires Claudel.

« En tant qu’institution multilatérale, nous pouvons accompagner des financements très importants. Certains pays nous sollicitent jusqu’à 500 milliards de francs CFA. »
En matière de surendettement, le FAGACE travaille avec d’autres institutions africaines et internationales pour trouver des solutions concertées. Je me souviens du Plan Sénégal Émergent, que le pays a su mettre en œuvre avec succès. À l’époque, j’étais administrateur du FMI pour le Sénégal et un défenseur du PSE.
Que pensez-vous du plan de redressement économique actuel ?
C’est un plan utile, axé sur des réformes structurelles, l’optimisation de l’administration, la réduction du gaspillage et la relance de l’activité économique, source de croissance et d’emplois. Il faut saluer la vision des dirigeants sénégalais. Aujourd’hui, le Sénégal se porte bien et demeure un pays d’opportunités.
L’attractivité du Sénégal, portée par la « téranga », est un indicateur qualitatif fort. La qualité du capital humain, la maturité sociale et les valeurs de paix et d’accueil constituent de véritables atouts.
Quel est l’impact du bureau régional de Dakar ?
Le bureau, basé à Sacré-Cœur, est opérationnel depuis mai. Il couvre non seulement le Sénégal, mais aussi la Mauritanie, le Mali, la Guinée, et bientôt la Gambie. Il s’agit de la Représentation régionale pour l’Afrique de l’Ouest (RAO).
Dakar est un hub régional. Notre objectif est de réduire les délais d’intervention et d’apporter des réponses rapides aux besoins. Nous travaillons en étroite collaboration avec les banques et les SGI ((Sociétés de Gestion et d’Intermédiation) de la sous-région. En matière de gouvernance, le FAGACE est la première institution de garantie en Afrique à s’être dotée d’un bureau indépendant d’évaluation, composé des banques centrales membres.
Notre credo repose sur la rigueur, la responsabilité et la redevabilité, la théorie des trois R. Cette gouvernance renforcée a permis de faire passer nos engagements garantis de 400 milliards en 44 ans à 4 000 milliards en seulement cinq ans.
Comment gérez-vous les risques et les mauvais payeurs ?
Grâce à une expertise pointue en ingénierie financière. Tous les dossiers sont analysés, retraités et validés avec les banques. Le taux d’engagements risqués est passé de 30 % à 1 %. Nous partageons les risques à 50 %, ce qui responsabilise toutes les parties.
Le secret réside dans le montage et la structuration des projets, notamment le business plan. Le FAGACE accompagne également la mobilisation de ressources à l’international. Nous sommes une institution de solutions, au service du financement et du développement de l’Afrique.
Entretien réalisé par Abdou Nianthio MANÉ


























































