Graves révélations sur les vraies raisons de l’arrêt des travaux de la boucle du Boudié. Directeur des travaux à Eiffage, Pierre Senghor indique que la raison principale de cet arrêt c’est plutôt «le non paiement des décomptes»; c’est-à-dire des dettes que l’État du Sénégal leur doit.
Lancés depuis 2022, les travaux d’aménagement de la boucle du Boudié par l’AGEROUTE et l’entreprise Eiffage (groupe de construction et de concessions français, fondé en 1993) peinent toujours à être bouclés. Une situation qui fait sortir certaines personnalités de la région de Sédhiou de leur mutisme. Et la dernière en date concerne l’imam ratib de Sédhiou Cheikh El Hadj Boubacar Dramé qui, le lundi 17 juin, en marge de la prière de la Tabaski à la grande mosquée de Sédhiou, a interpellé le député Ayib Daffé sur l’arrêt des travaux de construction de la boucle du Boudié.
En réponse à l’interpellation de l’érudit, le député a révélé: «Le projet ne dispose pas d’études d’impact environnemental et social. Lorsque le promoteur a saisi le Ministère de l’Environnement en mars 2024, la Direction de l’environnement et des établissements classés a demandé l’arrêt de toutes les activités sur ce tronçon-là».
Une position partagée par Cheikh Tidiane Diédhiou, chargé de communication de PASTEF – Sédhiou qui aborde le sujet avec plus de détails : «Il faut noter qu’il y a eu une absence d’études d’impact environnemental et social. Ils ont lancé les travaux sans pour autant qu’il y ait la validation du document environnemental. Et c’est comme ça qu’ils avaient dégagé des terres et chants d’acajous de certains riverains sans pour autant s’entendre sur les impacts. L’autre aspect, c’est que l’État doit beaucoup d’argent à Eiffage et AGEROUTE qui sont des entreprises qui font face à des dettes importantes laissées par l’ancien gouvernement. Rien que pour Eiffage, la dette s’élève à environ 80 milliards FCFA que le gouvernement passé a laissés comme ardoise financière. Ce sont des entreprises qui sont dans des difficultés et qui sont obligées de se retirer pour aller ailleurs. L’actuel gouvernement, à travers le ministre des Infrastructures, des Transports terrestres et aériens, exige des études d’impact environnemental et social. Et les autorités actuelles sont en train de dégager les fonds pour éponger les dettes, ensuite valider les études environnementales pour après redémarrer les travaux».
Pierre Senghor de Eiffage : «On a arrêté les travaux pour non paiement des décomptes»
Selon Khadim Diallo, chef de la division régionale de L’Environnement et des Établissements classés de Sédhiou: «l’idéal c’est d’interroger l’entreprise qui fait les travaux ou bien l’AGEROUTE, vous aurez des informations très pertinentes et exhaustives. Je suis très mal placé pour vous parler exactement de l’origine de cet arrêt des travaux, parce que je ne suis pas le maître d’œuvre des travaux. En tant que responsable de l’environnement, nous savons très bien que l’étude est en cours».
Directeur des travaux à Eiffage, Pierre Senghor lâche la bombe : «Je ne peux pas trop me prononcer sur ce sujet d’études environnementales, c’est plutôt AGEROUTE qui peut vous en dire plus. Mais ce que je sais, c’est qu’on n’a pas reçu de document ou de correspondance qui nous ordonne d’arrêter les travaux à cause d’études d’impact environnemental et social. Des études sont en cours, mais je ne sais pas où elles en sont actuellement. Je sais qu’il y a eu des cabinets d’études qui étaient de passage pour faire le travail dans ce sens. Ce que je peux vous donner comme information, c’est que c’est l’entreprise (Eiffage) qui a décidé d’arrêter les travaux pour non paiement des décomptes, c’est-à-dire des factures (non payées). Il y a quatre factures qui sont en cours».
Selon la même source, «si on dit que l’arrêt des travaux se justifie par le fait qu’il y a des études ou qu’ils ont envoyé un courrier à Eiffage dans ce sens, je vous dis que je n’ai reçu aucun courrier dans ce sens».
Nos multiples tentatives d’entrer en contact avec le responsable de l’AGEROUTE au niveau de Sédhiou sont restées veines. Nos canaux, demactu et DEM TV, sont toujours ouverts pour recueillir leur version des faits.
Ce marché concerne le programme spécial de désenclavement de l’État du Sénégal qui a des structures qui supervisent le projet. Le maître d’ouvrage délégué de cette boucle du Boudié, c’est l’AGEROUTE. Cette entreprise est chargée de la mise en œuvre de tous les travaux de construction, de réhabilitation et d’entretien de routes, de ponts et autres ouvrages d’art ainsi que de la gestion du réseau routier classé. Il est aussi donneur de marché et superviseur de la construction des routes.
L’État du Sénégal doit plus de 300 milliards aux entreprises de BTP
Les entreprises nationales qui travaillent avec l’État, notamment celles des BTP (Bâtiments et Travaux publics), sont asphyxiées. L’État du Sénégal leur devait plus de 300 milliards CFA en 2023.
Les travaux de cette boucle du Boudié devraient être bouclés au mois de juillet 2025. Ils ont été malheureusement suspendus depuis le 21 mai 2024. Ce qui pourrait retarder la livraison de l’infrastructure routière aux populaires des localités concernées.
Abdoulaye DEMBÉLÉ
























































