Intronisé 3ème Tigre de Fass le 8 août 2008, le lutteur Gris Bordeaux tarde à redécoller à cause de ses contre-performances sportives. La victoire sur Baye Mandione et Tyson, ses seules depuis 2012, lui permettent d’avoir un peu d’oxygène dans les poumons. Le leader de l’écurie Fass-Ndakaru a encore son destin entre ses mains en ce sens que s’il réussit à démolir Ama Baldé, ce dimanche 30 juin 2024, il renaîtra de ses cendres.
Béni par Thicky depuis avril 2010 contre Abdou Diouf
Avant son combat contre Abdou Diouf, Gris s’était rendu dans le village de son père, à Thicky. Il avait été conduit chez les patriarches du village. Ces derniers lui avaient donné le feu vert et prié pour lui, avec le cœur. Depuis ce jour-là, il ne cesse de partir recueillir les prières et conseils de ses parents de Thicky, à chaque fois qu’il a un combat. C’est dire que Gris Bordeaux a toujours été béni par Thicky. La première fois, c’était lorsqu’il croisait Abdou Diouf, en avril 2010.
Le père de Gris fut un ancien lutteur imbattable
Pour la petite histoire, le père du champions de Fass fut un grand champion. «Nous n’avons pas été témoins. Mais d’après nos grands parents, le père de Gris Bordeaux a un peu pratiqué la lutte avant d’aller au Daara pour des études coraniques. C’est conscient qu’il pouvait devenir lutteur que notre grand-père du nom de Babacar Dione l’a stoppé net pour le conduire au Daara. Ce dernier ne voulait pas qu’il choisisse un autre chemin que la voie de Dieu. C’est dire que le père de Gris était lutteur en un certain moment», nous révèle-t-on du côté de Thicky. Gris a donc hérité la lutte de son propre père. Au bled, pas un seul adversaire n’a réussi à le battre lors d’un affrontement.
Gris et ses actions sociales
Gris Bordeaux n’est pas né à Thicky, le village de son père, mais il est très fréquent là-bas. «Chaque année, le village organise un grand gala de lutte simple. C’est Gris Bordeaux qui le parraine à chaque édition. Et il ne vient jamais seul. Il amène avec lui certains de ses coéquipiers de l’écurie Fass», se félicitait le vieux Thiam, le chef de village de Thicky qu’on avait trouvé chez lui, chapelet à la main. C’est difficile de trouver au village un seul individu qui n’aime pas l’adversaire d’Ama Baldé de ce dimanche. «On soutient Gris en tant qu’un membre de la famille. Il fait notre fierté. Ceux qui refusent souvent de le soutenir sont peut-être écœurés par ses dernières contre-performances sportives. À part ça, j’avoue sincèrement qu’il est bien choyé ici», nous balance l’épouse de l’aîné de la famille maraboutique Thiaw. Le lutteur aussi leur rend bien la monnaie de leur pièce. Il appuie constamment les mosquées et autres lieux de culte de la localité, surtout sur le plan de l’entretien. Aussi, le poulain de Tapha Guèye soutient ses parents de Thicky lors des activités religieuses ou culturelles.
Enfant terrible et gourmand
Abdoul Aziz Dione est un frère de Gris. C’est lui qui a été son maître (sélbé) à la case de l’homme. Il témoigne : «J’étais le ‘’sélbé’’ de Gris Bordeaux quand on l’a circoncis. Gris est naturellement terrible. Quand il était un jeune circoncis, il était intraitable (il éclate de rires). Il avait environ 8 ans et était avec son grand-frère, Omar. À chaque fois qu’on nous présentait le bol de thiéré (couscous), il le mangeait tout seul. Il a toujours été gourmand (éclats de rires). Ils sont sortis de la case de l’homme au moment de la cueillette des mangues. Il en avait profité pour faire le tour du village à la recherche de mangues mûres. Personnellement, il me voue un grand respect parce que je suis le seul à l’avoir corrigé dans son enfance. Mais aujourd’hui, je n’ose pas le toucher car il est plus fort que moi. Tout de même, c’est quelqu’un que j’estime beaucoup. D’ailleurs, s’il dispute un combat, je tombe en transe par amour et par affection.»
Gris, un accro du lézard et du couscous
Ablaye Seck, menuisier : «Gris Bordeaux n’a jamais changé ses rapports avec nous. À chaque fois qu’il vient pendant la saison des pluies, il demande le «mbeut» (un varan), c’est un reptile que Gris adore. Il en raffole. C’est ici, à cet endroit-même (il indique l’endroit chez eux à Thicky) qu’on posait le repas. On mangeait le thiéré ici, mais le lutteur n’aime pas voir des restes dans le bol. Et il nous dit : «mais le couscous ne doit pas rester, il faut qu’on mange tout. Aussitôt après, il se rassoit pour tout manger.»
Seul Tigre officiellement intronisé à Fass le 8 août 2010
Après sa belle victoire sur Bombardier de Mbour, le 22 juillet 2007, Gris Bordeaux avait été plombé par une série de défaites. Et un an après, lors du jubilé de Tapha Guèye, le 2ème Tigre de Fass, Ibrahima Dione fut intronisé 3ème Tigre de Fass en marge d’un gala de lutte où Bruce Lee (Fass) avait terrassé Khadim 1 de Thiaroye-sur-Mer. «Je suis le seul Tigre de Fass à être intronisé d’une manière solennelle. Je suis devenu Tigre de Fass avant même qu’on ne m’intronise», disait-il avec fierté.
Un 3ème Tigre qui pèse 100 millions FCFA

Aujourd’hui, le cachet le plus bas en lutte avec frappe s’élève à 100.000 FCFA. Un gain minimum préconisé par les promoteurs et entériné par le CNG. Cet avantage n’a pas souri à la génération des Gris Bordeaux. Le 3ème Tigre de Fass a commencé à nouer son nguimb avec un très faible cachet et a rampé jusqu’à brasser des millions de FCFA aujourd’hui. C’est lui-même qui avait vendu la mèche lors d’un entretien. «Mon cachet le plus élevé était 100 millions de FCFA. C’était lors de mon dernier combat face à Modou Lô. Mon premier cachet s’élevait à 30 mille FCFA et c’était en 1998. Seul le travail paie», révélait-t-il.
Contre Yékini, la chance royale ratée
Gris est tombé devant Balla Bèye 2 de l’écurie Haal Pulaar, le 9 mars 2008. Malgré ce cuisant revers, il avait pu rencontrer Yékini (ex-écurie Ndakaru) le Roi des arènes d’alors. Avec cet affrontement, Fass avait une grande chance de gagner la couronne royale. Mais Gris n’a pas brillé ce jour-là. Yékini n’avait pas eu besoin de trop forcer son talent pour le stopper dans son entrée en jambes. On peut dire que ce jour-là, le 3ème Tigre n’avait pas bien acéré ses griffes. Du coup, la couronne royale s’était encore éloignée de cette grande université de la lutte.
Contre Baboye, le coup d’arrêt !
L’enfant de la Médina avait été battu, le 26 juillet 2009, par Baboye. Cette défaite devant le Mbarodi de Haal Pulaar lui avait fait vivre une saison blanche alors qu’il était défié de toutes parts. C’était le cas avec Baye Mandione de Thiaroye, qui le traquait partout. Le Fou de Thiaroye n’était pas le seul athlète qui le défiait. Des jeunes aux dents longues tels que Gouye Gui, Ness, Pakala, etc. ne cessaient de le défier ouvertement. Gris n’avait pas répondu à leur appel. Cela, il le devait au management de l’écurie Fass qui traçait souvent un plan de carrière ou de redressement à ses ténors.
Contre Tyson, la renaissance
Après avoir courbé l’échine devant Modou Lô de l’écurie Rock Énergie, le 12 juillet 2012, Gris devait sortir la tête de l’eau face à Tyson le 3 mai 2015. C’est lors de cet affrontement que le 3ème Tigre devait vraiment valider ses réelles capacités à diriger Fass. Une victoire sur l’enfant de Ndangane devait lui permettre de s’ouvrir d’autres portes. En tout cas, Fass s’était arrangé pour l’opposer à Tyson. L’adversaire de Ama Baldé n’avait pas raté cette belle opportunité puisqu’il avait envoyé Tyson à la retraite. Mais, depuis, le leader de Fass se cherche et est très loin d’une victoire qu’il tente de décrocher ce dimanche 30 juin.
Contre Ama Baldé ce 30 juin : dernière chance à saisir
Ce dimanche 30 juin 2024, Gris Bordeaux va vers un combat de tous les dangers. Le sport favorise la jeunesse et c’est un jeune adversaire qui se positionne devant lui. Toute son écurie le sait, mais le leader de Fass – Ndakaru s’est donné les moyens de vaincre. Il a bien affûté ses armes et est mentalement au top. Ama Baldé, qui sort d’une cuisante défaite contre Modou Lô le 5 novembre 2023, est également obligé de se tirer d’affaire pour payer la «dette» à Pikine et à ses nombreux fans. Il est vrai que Gris Bordeaux est motivé par un challenge essentiellement financier, mais sur le plan sportif il est conscient que seule la victoire l’arrangerait. Il s’agit donc d’un combat de la dernière chance pour l’enfant chéri de la Médina.
Par Abdoulaye DEMBÉLÉ























































